samedi 10 janvier 2026

Anne Berest : Finistère (N°1 - janv 26)

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 Anne Berest : Finistère -2025, Albin Michel - roman

 

En 2021, Anne Berest avait écrit ce roman à succès « La Carte postale » consacré à des recherches sur sa lignée maternelle qui avait obtenue le Prix Renaudot des Lycéens.

Maintenant elle explore la branche paternelle : un arrière-grand-père, fondateur du premier syndicat des paysans à Saint-Pol de Léon puis en 1909 de la première coopérative agricole, La Bretonne ; un grand-père, brillant étudiant passionné de grec et de latin, devenu Maire de Brest : très belles pages sur le parcours de ces deux hommes, archives tirées de 4 cahiers d’écoliers remplis des souvenirs de ce grand-père. Magnifiques pages sur l’admiration que l’auteur porte à ses ancêtres et sur leurs vies durant des périodes passionnantes.

 Puis Anne Berest évoque son père, né en 1950, militant de gauche, chercheur à l’Ecole Polytechnique, avec qui elle a des difficultés de communication depuis l’adolescence: « une douloureuse incompréhension, une distance sans raison » (ELLE). L’auteur écrit : « La pudeur. La timidité. Le pli de l’habitude. L’orgueil. La peur » en essayant de comprendre la complexité des relations père-fille. J’ai moins aimé cette fin de roman pendant lequel l’auteur cherche à renouer avec son taiseux de père lorsque celui-ci est gravement malade.

« Une folle odyssée qui vous émeut et vous donne envie de prendre un aller simple pour la Bretagne. Une très belle réflexion sur la famille et l’amitié » a dit Augustin Trapenard lors de l’émission de La Grande Librairie à laquelle était invité Anne Berest.

 

 

Ramsès Kéfi : Quatre jours sans ma mère ( N°2- Janv 26)

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 Ramsès Kefi : Quatre jours sans ma mère - Ed. Philippe Rey, 2025 - roman

 

La fugue d’une mère va changer la vie de son mari et surtout de son fils de 36 ans vivant encore chez ses parents dans « sa bulle d’adolescent ».

« Pas de dispute, pas de cris, pas de valise non plus » : elle quitte le foyer conjugal situé dans une cité HLM  d’ une banlieue de Paris « La Caverne ».

C’est à  travers le regard de ce fils que nous allons vivre la prise de conscience brutale des deux personnages, incapables de gérer le quotidien et surtout de comprendre le départ d’Amani, car ils ne se sont jamais posés de question sur elle. Chacun réagit selon son caractère : Hédi, le mari, ancien maçon bougon, réagit brutalement en faisant table rase de leur vie passée. Salmane, le fils, fait tout pour retrouver sa mère et « se confronte à sa propre inutilité et à sa honte » de dépendre ainsi d’elle.

Beaucoup de sujet sont abordés : la vie dans les banlieues, le chômage et l’absence d’avenir, les relations parents-enfants, la condition féminine.

Roman « plein de verves et de sensibilité » qui « sous ses airs de comédie familiale cache une profondeur sociologique remarquable » (ELLE)

Un bon moment de lecture drôle et émouvant  

Alexandre Fayeulle : Vulnérable - ( N°3-Janv 26)

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 Alexandre Fayeulle : Vulnérable - Ed Tallandier, 2025 - témoignage

 

Alexandre Fayeulle est un « entrepreneur iconoclaste qui a fait de son entreprise le navire amiral de son engagement sociétal, un moteur économique et financier puissant pour agir pour les Hommes et la planète ».

Ce livre est « le récit d’une transformation intime » qu’il nous décrit dans le premier chapitre intitulé « ma plus grande rencontre » :  il étudie les différentes réactions qu’il a eu à l’annonce de son cancer incurable : « on trouve en soi, ou autour de soi, les ressources pour se relever »… « J’ai vite compris qu’il n’y avait pas de bouton « reset »… « quand la guérison est impossible, il faut trouver une autre voie… J’ai appris à accueillir une nouvelle version de moi-même »… « Acceptation ne signifie pas reddition. Sublimer l‘épreuve demande de la patience, de la constance, du soutien »… 

« Libérons l’entreprise ! » est le titre du deuxième chapitre dans lequel l’auteur explique comment il applique cette philosophie dans son travail quotidien, en évoquant, entre autres, son partenariat et sa lumineuse rencontre avec le navigateur Thomas Ruyant  et leur formidable projet de faire le Vendée Globe, tour du monde à la voile en solitaire en 2016 que le navigateur ne pourra terminer, percutant un « objet flottant non identifié » qui casse le bateau. Mais la suite est exceptionnelle : premier à la course Jacques Vabre en 2021 et 2023, premier à  la route du Rhum en 2022.

L’auteur nous explique comment il instaure pour lui et ses entreprises « un nouveau rapport avec le monde » : « les entreprises ne peuvent plus être pilotées par les seuls critères économiques et financiers, elles sont obligées de se transformer pour intégrer la performance sociale et environnementale au cœur de leur gouvernance ».

Pour terminer de façon positive, on peut citer l’auteur : « La vulnérabilité devient une force, une lumière qui déborde de nous-même. J’essaie de partager cette énergie qui a changé ma vie »

J’ai beaucoup aimé toutes les citations d’auteurs : Sylvain Tesson, Michel Serres, Alexis Jenni, Nelson Mandela, Erik Orsenna, de Empoli, Rimbaud, Freud, Théodor Monot, Leonard Cohen…

Livre intense et émouvant qui fait réfléchir sur bien ses sujets…