jeudi 17 novembre 2022

Patricia Bouchenot-Déchin : J'ai l'énergie d'une lionne dans un corps d'oiseau (N°1- nov 2022)

J'ai l'énergie d'une lionne dans un corps d'oiseau

 Patricia Bouchenot-Déchin : J'ai l'énergie d'une lionne dans un corps d'oiseau - Ed Albin Michel, 2022 - roman biographique

 Rosa Bonheur (1822 – 1899) s’impose comme la plus célèbre artiste animalière du XIXème siècle. Elle fut longtemps inconnue en France mais fut une star à l’étranger, surtout en Grande-Bretagne. On commémore cette année en France le bicentenaire de sa naissance, en créant une superbe exposition au Musée d’Orsay jusqu’au 15 janvier 2023 de cette artiste « hors-norme, novatrice et inspirante » et en consacrant une émission télévisée sur son château de By, animée par Stéphane Bern (les Secrets d’histoire diffusée en Octobre).

L’auteure, historienne et conseillère scientifique chargée de la restauration du parc du Château de By de Rosa Bonheur à Thomery, près de Fontainebleau,  nous plonge dans l’intimité de la peintre depuis sa petite enfance à Bordeaux (« un garçon manqué ») puis à Paris dès ses 8 ans, son père y étant parti  en 1828 pour rejoindre les Saint-Simoniens. Il rentre à leur couvent en 1832, sans s’occuper de sa femme et de ses 4 enfants.

La vie est très dure pour cette famille et la mère meurt l’hiver 1833 d’épuisement ou de choléra. Rosa pleure beaucoup sa maman et est tentée de « se laisser emporter pour la retrouver » mais il faut compter sur l’énergie de l’enfant qui, malgré tout, suit les traces de son père qui lui a appris très jeune le dessin et la peinture ainsi qu’à ses frères et sœurs qui ont tous un métier artistique. Rosa fréquente le Louvre et en 1841, ses œuvres sont exposées au Salon des Peintres. En 1848, elle reçoit la médaille de Première Classe pour son œuvre « Bœufs et taureaux, race du cantal ». Et l’Etat lui commande « Labourage nivernais ». Son père meurt en 1849 et Rosa s’installe alors dans son propre atelier et fait en 1853 son fameux très grand tableau « Le marché aux chevaux ». Sa popularité va grandissante. Sa cohabitation quotidienne avec les animaux nous vaut ces fameuses toiles d’un réalisme étonnant : bœufs, chevaux, chiens, cerfs et fauves. Elle fréquente les abattoirs, habillée en homme pour croquer ses modèles puisqu’elle a obtenu la « permission de travestissement » pour pouvoir porter un pantalon… Elle montre « une curiosité insatiable pour la diversité des espèces et leur biotope » et a une « vision exceptionnelle de la flore et de la faune ».

Elle aura tous ces animaux sous les yeux dans le parc de son château de By (privé actuellement et visitable) où elle s’installe en 1859 avec son amie d’enfance Nathalie Micas et où elle s’entoure d’« une véritable ménagerie comptant des dizaines d’espèces différentes »

Un collectionneur belge Ernest Gambart devient son protecteur et lui organise des expositions et des rencontres, particulièrement à Londres où elle sera courtisée par le célèbre Edwin Landseer, connu pour ses peintures animalières de chiens.

Après la mort de son amie Nathalie en 1889, elle rencontre Anna Klumpke, qui devient sa « sœur de pinceau » et qui viendra vivre au Château jusqu’à la mort de Rosa en 1899.

Formidable biographie, très agréable à lire, bien documentée et qui nous décrit à merveille cette peintre qui cherche à exprimer dans sa peinture et sa sculpture « l’âme des animaux » et soulève des questions actuelles : « la place des femmes dans l’art et la société, la cause animale et sa place dans la ruralité et l’écologie ».

 

Douglas Kennedy : les hommes ont peur de la lumière (N°2- Nov 2022)

Les hommes ont peur de la lumière

Douglas Kennedy  : Les hommes ont peur de la lumière - Ed. belfond, 2022 - roman

Agréable de se replonger dans un « Douglas Kennedy » qui nous a déjà régalés avec sa quinzaine de romans qui n’ont pas de genre : roman noir, roman à suspens, roman psychologique, roman sociétal…

Ce livre se situe à Los Angeles sans charme et rongée par la crise  avec ses banlieues, ses rues et ses autoroutes encombrées et interminables que le héros sillonne puisqu’il est chauffeur de taxi Uber avec obligation de rendement donc travail 12 heures sans arrêt, travail de nuit et vie sous tension. Ce Brendan, une cinquantaine d’années, va être mêlé à un attentat ciblant une clinique qui pratique l’avortement : il a pour cliente une certaine Elise, dame à la retraite, qui aide les femmes en détresse à se faire avorter. Il vient de la déposer devant cette clinique, qui explose la minute suivante.

Cette situation est très compliquée pour notre chauffeur puisque sa femme, dépressive depuis la perte d’un enfant, déséquilibrée et influençable, milite contre l’avortement sous l’égide d’un prêtre, le Père Todor, ami d’enfance de Brendan, corrompu et arriviste. Les Pro-Vie sont très violents aux USA. De plus, sa fille, Klara, dont il est très proche, milite avec les Pro-avortement…

Tous les ingrédients sont là pour nous écrire un livre à suspens avec des rebondissements et des intrigues passionnants et des réflexions très intéressantes sur la vie américaine actuelle avec ses sectes intégristes et le droit à l’avortement (remis an cause dans certains Etats), sur l’Ubérisation du travail et l’exploitation par les puissants, sur le droit de port d’armes.

Excellent page-turner, difficile à lâcher, entre  « roman noir et chronique sociale », dit-on !!!

Dominique Saint-Pern : Edmonde (N°3-Nov 2022)

Dominique Saint-Pern : Edmonde - 2019 chez Stock ; 2021 en poche - biographie romancée.

L’auteur nous avait régalé avec la biographie de la Baronne Blixen. Elle nous retrace ici, de façon admirative, la vie d’Edmonde, vie hors-norme pour une jeune fille issue de la haute bourgeoisie au début du XXème siècle.

Edmonde Charles-Roux, née à Neuilly en 1920, « avec une argenterie dans la bouche », était promise à une belle vie bourgeoise avec des années d’enfance dans la haute société et une adolescence dorée, résidant selon les postes de son père, l’ambassadeur François Charles-Roux, soit à Rome, soit à la maison familiale près de Marseille, la Villa Serena, soit à Megève. On devine un caractère bien trempé, une beauté éblouissante. Mais la guerre, « bon révélateur de caractère », arrive. La vie continue apparemment avec une certaine insouciance mais beaucoup d’événements vont la changer : son fiancé, fils d’une grande famille d’aristocrates italiens, est tué au front albanais en 1940. Son père lui évite la France de Vichy en quittant le gouvernement. Elle est séparée de sa chère sœur, Cyprienne, en danger dans l’Italie fasciste, ayant pour mari le Prince del Drago, fidèle de Mussolini et pour amant le gendre de Mussolini… Edmonde, femme combative part en Savoie : « Elle skie, joue du piano, renseigne la Résistance » :  elle en fait partie, cache des familles juives, passe des messages et devient donc agente de liaison. En digne fille de son père, elle apprend à discuter, négocier...puis s’engage comme ambulancière dans la Division Blindée du Général de Lattre.

Elle est devenue une femme libre et quitte le clan familial en 1945 « ni mariée, ni fiancée, ni soumise, ni offerte ». Ce sera le deuxième tome « Edmonde, l’envolée » paru en Avril 2022 en broché chez Stock. J’attends avec impatience de lire la fin de cette biographie qui va paraitre sous peu en poche.

L’auteur nous décrit avec beaucoup de justesse et une belle écriture fluide cette femme brillante et vive, combattante et intrépide, courageuse et élégante qui, au fil de cette période de vie, s’émancipe et devient une femme libre. 

 Edmonde - 1