lundi 5 octobre 2020

Elena Ferrante : La vie mensongère des adultes (N°3 - sept2020)

Elena Ferrante : La vie mensongère des adultes - Gallimard, 2020 - roman italien 

 

Elena Ferrante, écrivaine italienne des quatre fameux romans de la série « L’amie prodigieuse » est une inconnue puisqu’elle ne montre jamais son visage et vit à une adresse secrète…Son nouveau roman a provoqué une ruée chez les libraires dès la mise en vente en Italie et en France.

Elle nous livre ici un « roman d’apprentissage » écrit à la première personne : sa narratrice s’appelle Giovanna, elle est née en 1979. Les parents de cette adolescente sont enseignants, de milieux différents – haute société pour la mère, quartiers populaires pour le père. Tout se passe donc à Naples dans l’ambiance de fin du XXème siècle (pas de téléphone portable, pas d’internet).

Giovanna a 12 ans au début du récit quand elle surprend une conversation de ses parents à son sujet qui va changer sa façon de voir les adultes et elle s’aperçoit que « l’hypocrisie régit le monde des adultes dans lequel elle cherche une place » (Femina). Sa vie alterne entre l’appartement bourgeois de ses parents et leurs relations mondaines et le quartier populaire et pauvre où vit une sœur de son père, cette tante à la « réputation maléfique ».

C’est le récit « d’une éducation sentimentale, souvent désolante, parfois sordide » qui montre la difficulté des adolescents à rentrer dans le monde des adultes. L’auteure est douée pour la peinture sociale, l’analyse psychologique et l’étude des caractères : « on retrouve le désir d’Elena Ferrante de dépeindre des comportements dérangeants, sa manière d’envisager les personnages dans toutes leurs contradictions, même les plus déplaisantes » (Elle).

On peut espérer une suite si l’on croit la dernière phrase dite par Giovanna et une amie que l’on peut dévoiler sans rien divulgâcher, comme dit François Busnel :  « Nous nous fîmes une promesse : nous deviendrions  adultes comme aucune fille n’avait jamais réussi à le faire ».

lundi 31 août 2020

Laurent Petitmangin : Ce qu'il faut de nuit (N°1 - été 2020)

Ce qu'il faut de nuit Laurent Petitmangin : Ce qu'il faut de nuit : 2020 - La manufacture du livre - premier roman

 Ce livre vient de recevoir le Prix Stanislas du Premier Roman de la rentrée littéraire 2020, prix qui met en lumière les primo-romanciers de l’année, principalement ici dans la région EST de la France.

Dans une petite ville de Lorraine, un père élève seul ses deux fils bientôt adultes, la « moman » étant décédée d’un interminable cancer il y a quelques années. Il découvre que son fils aîné, taiseux et footeux, « fricotte » avec le Front National (Il ne peut le supporter, lui, militant socialiste) tandis que le second s’envole à Paris pour de brillantes études… jusqu’au drame…

Page magnifique sur la relation de ce père cheminot avec ses deux fils si différents et sur l’amour qui unit ses trois hommes.

L’éditeur écrit : « L’auteur, dans ce premier roman fulgurant, dénoue avec une sensibilité et une finesse infinies le fil des destinées d’hommes en devenir ».

A lire absolument

 On peut se souvenir du livre de Nicolas Matthieu : Leurs enfants après eux, Goncourt 2018, (fiche du blog N°1 déc 2018) qui décrivait le même milieu social de la région Est de la France.

 

Anna Hope : Nos espérances (N°2 - été 2020)

Anna Hope : Nos espérances - Gallimard, 2020 - roman anglais

 Nos espérances

Anna Hope est née en Grande Bretagne et a fait ses études à Oxford et Londres. Elle fut d’abord actrice puis, « lasse d’attendre le coup de téléphone annonçant un rôle » dit-elle, elle écrit quelques nouvelles puis suit un master en « creative writing » et se lance dans un premier superbe roman « Le chagrin des vivants » qui obtient un grand succès. Son deuxième livre « La salle de bal » a obtenu le « Prix des Lectrices de ELLE ». (Fiche N°2 – Mai,Juin 2018 dans le blog)

Ses deux premiers romans se passent en Grande-Bretagne, au début du XXème siècle, période qu’elle affectionne, mais pour celui-ci, elle change d’époque et les trois héroïnes vivent dans le Londres des années 19 90 jusqu’à nos jours.

Trois caractères dissemblables, trois amies trentenaires qui restent inséparables, idéalistes et unies par « une sorte de sororité malgré les différences » : elles sont nées « à l’ère de tous les possibles, le droit à la contraception et à l’avortement, l’autorisation de faire des études, le choix de se marier ou pas, d’avoir des enfants ou pas » (ELLE). Hannah cherche désespérément à devenir mère en oubliant tout le reste, Lisa rêve de devenir actrice d’où toutes sortes de castings minables, Cate cherche le bonheur qu’elle croit trouver en élevant dans l’angoisse son petit garçon. Vont-elles trouver un moyen d’être heureuses ?

Beau portrait de Sarah, la mère d’Hannah, artiste peintre, indépendante, féministe des années 1970.

« Ecriture délicate », « plume élégante », « finesse narrative » et « sens du détail » sont les mots qui rendent éloge à l’auteur.  « Elle alterne les époques, la jeunesse de son trio et leurs existences d’adultes, la genèse de leur amitié et sa trajectoire subtile faite d’affection et d’une rivalité jubilatoire et parfois destructrice ».

Très bon moment de lecture pour tous les âges !!!

J.M.G.Le Clezio : Chanson bretonne (N°3 - été 2020)



J.M.G. Le Clézio : Chanson bretonne et L'enfant et la guerre - 2020, Gallimard - deux contes.

 

En lisant ces deux contes pleins de charme, on a l’impression d’entendre le voix chantante et calme de l’auteur. Il nous raconte deux périodes de sa vie d’enfant, l’une gaie et riante, l’autre plus triste et « grise ».

« La nostalgie n’est pas un sentiment honorable. Elle est une faiblesse, une crispation qui distille l’amertume », dit l’auteur, donc pas de nostalgie mais des récits d’enfance…, vus avec son regard d’adulte un peu mélancolique : « quelque chose qui revient à la mémoire comme un refrain ».

Le premier conte se passe de 1948 à 1954 durant l’été des vacances bretonnes à Sainte-Marine (région de naissance de sa maman). L’auteur est alors âgé de 8 à 14 ans : trois mois de liberté et d’insouciance avec son frère plus âgé. Que de souvenirs : la langue bretonne, les marées, les pêcheurs et leurs sardines, la ferme et le lait frais, les marches jusque la pompe à eau, la fête de la moisson.

Pour le deuxième conte, l’auteur remonte dans le temps et écrit « L’enfant et la guerre », sa vie de la naissance en 1940 jusqu’en 1944, à Nice puis dans un village de l’arrière-pays avec la douceur de sa mère et de sa grand-mère mais aussi les « fracas de la guerre » avec la faim, la peur, le bruit atroce d’une bombe. « La guerre est la pire des choses qui peut arriver à un enfant » dit-il en pensant aux petits réfugiés d’aujourd’hui dans le Monde.

Très bon moment de lecture : pudeur, délicatesse, émotion