vendredi 21 août 2026

Laurent Seksik : Le jour de guerre est arrivé - 2026- été

 Le jour de guerre est arrivé - 1

 Laurent Seksik : Le jour de gurre est arrivé - Gallimard - 2026 - roman

 

Laurent Seksik, comme dans ses romans précédents, particulièrement dans « Derniers jours de Stefan Zweig », « mêle la petite histoire à la grande ».

Un élève officier de Saint-Cyr en 1914 fait des recherches sur son grand-père en croyant qu’il était un héros lors du soulèvement du 30 octobre 1870 à Paris pendant le siège de la capitale après la défaite de Sedan contre la Prusse, ce siège durera jusqu’au 26 janvier 1871. Mais ce grand père « n’était pas le héros qu’il croyait »…

Au moment de partir lui-même à la guerre, sa grand-mère lui raconte l’histoire de son mari : elle une servante dans une famille aristocrate et lui militaire haut-gradé, leur amour, la naissance de leur fils, le départ de son mari à la guerre et leur différence d’opinions (ils se retrouvent « chacun d’un côté des barricades pendant la Commune de Paris »)..

Cette grand-mère, extraordinaire, inoubliable et héroïque, est très attachante avec son franc-parler et sa joie de vivre malgré tout…

Un excellent moment de lecture grâce à la belle écriture de cet auteur que j’aime beaucoup et dont j’ai lu la plupart des romans historiques ou des biographies.

 

 

Anna Hope : Nos héritages - 2026- été

 Nos héritages - 1

 Anna Hope : Nos héritages - Gallimard, 2026 - roman

Cette auteure britannique a déjà écrit des romans mettant en scène des personnages dans des situations originales : les trois héroïnes, veuves de guerre  du « Chagrin des vivants » en 2016, les pensionnaires d’un  asile d’aliénés dans « La salle de bal » en 2017.

Ici elle s’attaque au problème de transmission dans une famille aristocrate au cœur du Sussex en Angleterre : dans son manoir de la fin de  XVIIIème siècle, Philippe Brooke vient de mourir laissant un patrimoine colossal mais aussi des secrets de famille sur plusieurs générations.

Se retrouvent la veuve, Grace, et les trois enfants dans la demeure familiale pour préparer les funérailles : Frannie, l’ainée et l’héritière et sa fille Rowan, Milo et Isa.  Racontée sur 5 jours, cette saga aborde énormément de sujets car chaque personnage a des projets différents pour ce fameux domaine : on abordera les problèmes de la restauration des écosystèmes, l’urgence climatique, l’origine de la fortune liée à la traite négrière, de la protection de la nature et de la planète et le réensauvagement du domaine, la création d’un centre de bien-être et de cure de psilocybine. Mais comment seront régler les frais de succession de plusieurs millions ?  Le tout est un peu léger, aucune solution n’est décidée, les idées politiques sont survolées et un peu caricaturales.

Par contre les descriptions de la nature sont superbes : ce vaste domaine (avec carte en début de livre) est magique, comme ce chêne paisible et cette nature qui « pousse à qui mieux mieux, en désordre, dans un vrombissement omniprésent et bourdonnant de vie ».  

Avis mitigé de ma part… bien que ce soit un moment de lecture agréable sur la nature et les paysages du Sussex.

samedi 1 août 2026

Dominique Bona : Le roi Arthur (N°5 - Août 26)

 Dominique Bona : Le roi Arthur - Gallimard, 2025 - roman 

 Le 23 Octobre 2014, Dominique Bona a été la huitième femme à entrer à l’Académie Française, superbement habillée selon les règles mais dans une tenue « Chanel haute Couture » quand même….Dominique Bona est une critique littéraire très reconnue et appréciée et une écrivaine que j’aime beaucoup pour ses biographies dans lesquelles elle nous fait découvrir le côté intime et caché de ses personnages. Elle dit d’ailleurs cette phrase amusante : « J’ai arrêté d’écrire des fictions quand j’ai compris que la vraie vie est infiniment romanesque. La réalité dépasse presque la fiction. Ecrire des biographies me permet de vivre d’autres vies que la mienne ».

Dans ces livres, elle nous révèle comment elle se glisse dans la peau du personnage dont elle écrit la biographie et nous donne « sa vision  de l’art, de la littérature, de la famille, de la nature humaine, des émotions, des espoirs et des peines » (La Croix).

Elle met aussi les choses au point : le biographe doit faire appel à son code d’honneur : ne rien inventer : « détourner le cours de la biographie vers le roman serait pour moi un péché capital »…bien qu’elle aurait aimé plusieurs fois « déduire » une vérité et inventer des couples aléatoires et des énigmes mystérieuses.

 Comment Athur Conte (1920-2013) a réussi à transmettre à sa fille, notre auteure, Dominique Bona de l'Académie Française, le talent et l'envie de l'écriture ? On le voit sur cette photo : l'auteure a appris à écrire et a vécu à l'ombre de ce géant protecteur "à l'accent chantant" dans le midi catalan au milieu des vignes et entourée de femmes énergiques. Le journal ELLE insiste en écrivant : "C'était le temps où il y avait sépération des hommes avec un travail extérieur et des femmes "au foyer". Mais cet homme politique et de lettres, journaliste et historien, député des Pyrénées-Orientales, ministre sous la IVème République et un moment président de l'ORTF, a toujours été en train d'écrire ou de raconter des histoires, de chanter, de réciter des poèmes. On comprend alors l'influence qu'il aura sur sa fille Dominique Bona,  qui le décrit comme "épris de clarté et de simplification"et qui lui a transmis "l'amour de la littérature et le goût du merveilleux", "l'ivresse de l'imagination, l'amour de la littérature et de l'écriture" . 

La famille quittera le Sud pour habiter  Paris lorsque l'auteur a 6 ans mais elle sera toujours bercer par les contes et légendes du "Roi Arthur"et des chevaliers de la Table Ronde que son père "conteur hors-pair" lui lisait et elle en fut si marquée qu'elle fera plus tard une thèse sur les Fées et les Sorcières dans la littérature médiévale du 12 et 13ème siècle. 

Dominique Bona a toujours lu énormémént et nous écrit quelques pages magistrales sur George Sand, une de ses auteures préférées et quelques passages passionnants sur la lecture à voix haute qu'elle pratique beaucoup. 

"Livre sur la filiation, sur la trasmision, ce récit plein de charme est aussi un roman d'apprentissage" écrit l'éditeur. 

 

Le roi Arthur - 1

Anna Stuart : La sage-femme d'Auschwitz (N°4 - Août 26)

 Anna Stuart : La sage-femme d'Auschwitz - 2024 et 2025 en poche

Anna Stuart est une auteure d'origine écossaise de 52 ans. Passionnée d'histoire et d'écriture, en faisant ses recherches sur la Seconde Guerre Mondiale et sur les camps de concentration, elle tombe sur cette histoire vraie de la sage-femme polonaise : Stanislava Leszezynka et écrit ce magnifique témoignage sur cette femme extraordinaire qui tatouait les nouveaux-nés du matricule de leur mère.

Elle nous écrit des passages forts en émotion sur l'amour, l'amitié, la solidarité entre les femmes . 3000 enfants sont nés à Auschwitz mais la plupart sont morts vite. les seuls qui ont survécu sont les blonds aux yeux bleus qui étaient envoyés dans les pouponières dit "Lebensborn".

L'auteur dit n'avoir eu aucun retour ni contact après la parution et le succès de son récit. Elle dit aussi vouloir montrer "que, dans les ténèbres de l'holocaustre, brille cette infime lueur qui est 'l'espoir malgré tout' ". 

 

Maryse Burgot : Loin de chez moi (N°3 - Août 26)

Loin de chez moi - 1 

 Maryse Burgot : Loin de chez moi - 2026 - Fayard - récit 

Ce récit, très personnel, nous raconte la fureur du monde  mais aussi la douceur d'une vie de famille. Notre fameuse grand reporter  de France-Télévision se dévoile un peu dans ce reportage sur elle...Cette femme "vive et souriante, souvent planquée derrière son micro" avec casque et gilet pare-balles, nous raconte comment elle s'est fait une place dans le journalisme et comment elle gère sa vie de famile en même temps.

 Superbes témoignages et emotions dans tous les pays qu'elle parcourt, le plus terrible étant lorsqu'elle est prise en otages avec son équipe par les islamistes sur l'île de Jolo  aux Philippines en 2000, le plus émouvant est lorsqu'elle rentre chez elle et reprend sa vie de maman qui fait le ménage et la popotte pour le famille. 

A lire absolument pour se rendre compte du parcours personnel de cette femme que l'on ne peut qu'admirer. 


David Foenkinos : Je suis drôle (N°2 - Août 26)

 David Foenkinos : Je suis drôle- Gallimard, 2026, roman

 Comme beaucoup de lecteurs, j’ai adoré les 13 livres fantaisistes de cet auteur, genre comédies douces-amères, portés par une écriture fluide, légère et pleine d’humour dont le roman, « La Délicatesse », écrit en 2009 et adapté au cinéma en 2011 et le fameux « Charlotte », écrit « comme un chant en vers libres » et racontant sa « rencontre illuminante », dit-il, et sa découverte de l’ artiste-peintre juive allemande Charlotte Salomon (1917-1943) , qui changera sa vue sur l’Art. Cette biographie obtiendra le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens en 2014.

Ici il nous enchante avec ce roman "absolument formidable" (France-Inter), "roman d'apprentiçssage qui tisse avec délicatesse le rire et la mélancolie, l'échec patent et l'éclatante réussite" (critique de Madame Figaro)

C'est l'histoire de Gustave Bonsoir, jeune homme qui veut devenir comédien à tout prix : "faire rire, c'est être aimé" pense-t-il mais sa jeunesse "cabossé"et  son obséssion de faire rire le rend pathétique et nous passons "du rire au larmes". L'auteur écrit :"l'humour semble être devenu le nouvel eldorado de la réussite"... Gustave est embauché pour figurer à une exposition temporaire dédié à la tristesse...puis devient LE nouvel acteur comique à la mode : il sera humoriste et fera du ""standup" puis sera repéré pour jouer dans un "vrai" film.

On se régale aussi avec le très beau portrait de l'amoureuse inconditionnelle de Gustave et de la coach. 

Comme d'habitude, son style est fluide avec des phrases courtes et bien construites qui rend ce moment de lecture très agréable.

  •  Je suis drôle - 1

Laurent Mauvignier : La maison vide ( N°1 - Août 2026)

Laurent Mauvignier : La maison vide - Ed. de Minuit - 2025 - roman biographique

La Maison vide - 1 

L’auteur raconte avoir fait des recherches dans sa « maison vide » qui l’ont emmené vers « un passé familiale enfoui » en retrouvant des bribes de souvenirs ( des objets, des indices) puis des confidences et des flashs comme le foulard jaune, le coin cassé de la commode, le piano à queue, l’arbre planté trop près de la fenêtre…Il recrée ainsi dans ce récit de 750 pages la vie de ses ancêtres avec « les basculements successifs de cette famille installée à La Bassée, village imaginaire, planté en Touraine, dont la maison -fierté des ancêtres- finit à l’abandon » (La Croix) :  « une histoire de famille avec  ses silences et  ses hontes » (le Monde).

Il remonte sur cinq générations de femmes : Jeanne-Marie, son arrière-arrière-grand-mère « la préposée aux confitures et aux chaussettes à repriser » et son mari Firmin habitant là au début du XXème siècle.  Puis son arrière-grand-mère dite Boule d’or, Marie-Ernestine, « pilier de l’histoire », pianiste, que son père marie à Jules en lui donnant un piano « en lot de consolation » pour qu’elle accepte cette union puis sa grand-mère  Marguerite dont on ne parle plus et dont le visage est découpé sur les photos…On arrive au père de l’auteur qui se suicide lorsque l'auteur a 16 ans  : on devine que par ces recherches généalogiques, l’auteur espère comprendre l’acte de son père…

On traverse les deux guerres du XXème siècle avec les maris et les amants qui doivent quitter le village et qui ont des destinées différentes…

L’auteur écrit d’inoubliables portraits avec des phrases longues et fluides entrecoupées de mots clés, mis à la ligne suivante comme dans un poème, avec des « descriptions minutieuses et d’une éclatante sobriété qui font de ce livre un grand roman dans lequel on se blottit pour pérégriner comme sur un chemin vicinal » (La Croix)

On comprend donc que j’ai beaucoup aimé ce roman par son histoire, par son écriture si facile à aborder, par l’envie qu’il donne d’aller fouiller dans notre passé pour imaginer notre famille.