mardi 3 novembre 2020

Hannelore Cayre : Richesse oblige (N°1 - oct 2020)

 Hannelore Cayre : Richesse oblige - Ed Métailié, 2020 - roman

 

Alors que vient de sortir le film « La daronne », adapté de son précédent livre, l’auteure nous écrit ici un roman original et plein d’humour avec tout ce que le lecteur aime chez cette écrivaine : « personnages cassés mais marquants, langue crue, humour féroce, colère politique sous-jacente, histoire percutante » (Lire).

Dès le début, la fin est dite. Blanche de Rigny, jeune mère célibataire et précaire devient « inimaginablement riche » car elle hérite de sa famille (jusqu’alors inconnue d’elle), six membres de celle-ci venant de mourir en moins d’un an.

 Blanche va faire sur cette famille une enquête qui nous est racontée à la première personne un chapitre sur deux et qui se passe à notre époque. Les autres chapitres se situent entre janvier 1870 et avril 1871 en ce XIXème siècle (époque que l’auteur adore) lorsque les jeunes gens riches pouvaient acheter un remplaçant pour partir à la guerre à leur place. (Admirons l’écriture très XIXème de ces passages). Ce sera le cas d’un ancêtre de Blanche : Auguste « cet attachant jeune homme toujours un peu à côté de la plaque » et aussi révolté que Blanche sur les conditions sociales.

C’est donc le lien entre les deux époques : Auguste est l’arrière-grand-père de Blanche. Un petit arbre généalogique aide bien le lecteur à comprendre les différentes générations.

Blanche et son amie Hildegarde, toutes deux handicapées (comme l’auteure qui avoue qu’elles sont « son double ») forment un « duo inoubliable » et, en enquêtant sur la filiation de Blanche, vont se trouver dans des situations si drôles et si invraisemblables.

Le ton est « direct, cruel mais élégant » (Lire), très comique : on rit beaucoup à la lecture de ce livre formidable.

Marie- Hélène Lafon : Histoire du fils (N°2 - oct 2020)

Histoire du fils

Marie-Hélène lafon : Histoire du fils - 2020, Ed. Buchet-Chastel - roman 

 

Cette écrivaine est professeure de Lettres, passionnée de Gustave Flaubert. Elle a reçu le prix Renaudot des Lycéens en 2001 pour le Soir du Chien et le Goncourt de la Nouvelle en 2016 pour Histoires.

Dans un style remarquable, elle raconte un siècle de passion familiale et de question de filiation, donc de trois générations, cette famille vivant entre le Lot, le lieu de prédilection de l’auteur « le pays d’en haut, « pays perché, pays perdu », le Cantal et Paris… Elle nous fait traverser « la France et ses métamorphoses » de 1908 à 2008.

Quelques très beaux portraits d’hommes : André, enfant « lumière » dans cette famille unie, de père inconnu et de mère « intermittente » puis devenu adulte et père mais toujours à la recherche de l’image paternelle ; les jumeaux dont le fameux Paul, arriviste, que l’ascension sociale a grisé.

Superbes portraits de femmes : Gabrielle, la mère d’André qui file à Paris « vivre une vie d’amoureuse » et Hélène, sœur de Gabrielle qui va élever avec amour André en restant « au pays ».

Quelques magnifiques descriptions de la terre, des paysages, des sentiments, « des gestes des personnages et des objets du quotidien ». « Son écriture est charnelle, vertigineuse même, quand les images s’imposent pour mieux bouleverser la lecture » (Télérama). L’auteure dit : « Je suis travailleuse du verbe », à la Grande Librairie. Elle y dit aussi que cette histoire a été vécue par des proches qui, l’été 2012, lui ont demandé de la raconter.

Le seul bémol est la construction de ce roman, « proche du puzzle » avec des allers-retours dans le temps qui obligent le lecteur à vérifier souvent la date indiquée en titre de chapitre.

Elizabeth Jane Howard : Etés anglais (N°3- oct 2020)

Elizabeth Jane Howaer : Etés anglais - Ed Quai Voltaire, 2020 en France - roman saga 

La saga des Cazalet, I : Étés anglais

Elizabeth Jane Howard (1923-2014) a écrit une quinzaine de romans dont celui-ci la saga des Cazalet paru en 1990 en Grande-Bretagne et seulement en 2020 en France, traduit « de façon mélodieuse » par Anouk Neuhoff. L’auteure dit s’être inspirée de ses souvenirs personnels et avoir « puisé dans la mémoire de son enfance » pour décrire cette bourgeoisie britannique des années 1930.

C’est une fresque familiale qui se déroule entre 1937 et 1939, à Londres et dans la belle campagne du Sussex où le clan se réunit pour les vacances d’été dans le superbe et élégant domaine Home Place. Nous allons suivre la vie « so british » de toute la famille groupée autour des patriarches, de leur fille  célibataire et de leurs trois fils avec leurs femmes, leurs enfants et leur domesticité nombreuse (jardiniers, chauffeurs, cuisinières, filles de cuisine, femmes de chambres, bonnes d’enfant, garçons d’écurie). Heureusement un tableau récapitulatif permet de se retrouver dans un arbre généalogique complet, les domestiques de chaque famille y figurant.…

Les femmes sont particulièrement bien croquées dans leur intimité, « à priori impuissantes dans le royaume masculin, elles se révèlent plus résolues qu’il n’y parait » (Elle). Les enfants sont aussi turbulents qu’attachants et décrits avec humour et délicatesse. Ils seront les héros adultes des prochains épisodes.

On suit les faits et les gestes quotidiens de tous puis les failles et les vices de chacun se dévoilent ainsi que les désirs inavouables, les secrets chuchotés, les rêves, les intrigues.

Je laisse les derniers mots à deux critiques  : « Son talent narratif et son sens du détail font merveille et nous captivent » (Fémina). C’est un roman « aussi élégant que clairvoyant, aussi drôle que bouleversant » (Figaro).

Hâte de lire la suite…