mardi 2 juin 2020

Victoria Mas : Le bal des folles (N°1 - Mai 2020)


Le Bal des folles


Victoria Mas : Le bal des folles - 2020, Albin Michel - roman français

Victoria Mas, fille de la chanteuse Jeanne Mas, écrit ici son premier roman qui a été en lice pour le prix Fémina et le Prix Renaudot et a obtenu le Prix Renaudot des Lycéens 2019.
Elle raconte avoir découvert l’énorme hôpital de le Pitié-Salpêtrière il y a peu de temps avec son immense parc, la chapelle avec son dôme noir et l’atmosphère particulière des lieux chargés d’histoires datant du XVIIème siècle et elle apprit, après recherche sur ces bâtisses, que l’hôpital était réputé au XIXème pour le bal de la mi-carême, dit « bal des folles » réunissant médecins dont le célèbre Pr Charcot, le Tout-Paris et les « folles ».
L’auteure nous met donc en scène dans ce roman très bien construit plusieurs personnages féminins parmi les folles, les hystériques et les malades atteintes de pathologie mentale : des femmes pas si folles que cela :  une jeune fille de bonne famille, Eugénie, jeune bourgeoise au don de médium et qui communique avec les âmes des disparus, chose intolérable pour la réputation de sa famille à l’époque et que son père a interné de force ;  Thérèse, la doyenne, surnommée la Tricoteuse ; Louise, une jeune fille hystérique sévère qui sert de cobaye au Professeur Charcot pour présenter ses séances d’hypnose devant un public de médecins ; et Geneviève, l’intendante rigide et autoritaire, hantée par la mort de sa jeune sœur et peu à peu troublée par la force de caractère d’Eugénie. Tout ce petit monde prépare le Bal des folles qui est un joyeux divertissement pour le public parisien et n’a aucune vertu thérapeutique pour les malades.
Avec une écriture efficace, l’auteure nous croque les personnages « avec art et empathie » et en même temps dénonce la condition sociale des femmes au XIXème siècle, victimes d’une société où le pouvoir des hommes et des pères est écrasant.
Surprenant que ce même sujet ait été abordé par l’auteur anglaise Anna Hope avec « La salle de Bal » paru en 2017 mais se passant en 1911 dans un asile d’aliénés de Sharston dans le Yorkshire. Ce roman avait obtenu le Prix Femina étranger en 2017 et le Grand Prix des Lectrices de ELLE en 2018.

Julie Wolkenstein : Et toujours l'été (N°2 - Mai 2020)


 Et toujours en été


 

Julie Wolkenstein : Et toujours l'été - 2020, P.O.L. - roman français

 

Comment faire visiter une maison de famille à notre époque : l’auteur choisit de nous la faire découvrir par le moyen d’un « escape game », jeu vidéo d’expression graphique avec des codes, des enjeux et des règles. Nous allons donc cliquer  et, par enchantement, les portes s’ouvrent et les indices tombent, des retours en arrière sont possibles : dans ce récit on remonte souvent en 1980, année de tant de souvenirs pour la narratrice-auteur et nous découvrons les changements de cette demeure familiale entre l’époque actuelle et ces fameuses années 1980. « Un escape game, ce n’est pas toujours ‘comme la vie’, écrit-elle. Certaines actions s’y révèlent extraordinairement aisées » : on remonte le temps rapidement, les problèmes sont résolus, les apparitions de personnages sont faciles… « Le propos, donc, est d’ausculter cette maison chargée de souvenirs, pièce après pièce, objet après objet »(Express)
Nous voilà donc dans la vieille maison familiale de la narratrice à Saint-Pair- sur- Mer dans la Manche et nous allons avoir accès à toutes les pièces de cette grande demeure de vacances, « de la cave à la chambre sous les toits en passant par les moindres recoins ». On a tous connu de telles bâtisses, un peu à l’abandon, habitable que l’été, envahie de sable, balayée par le vent… Par le biais de ce jeu, on peut s’approprier des objets, témoin du passé qui sont l’occasion d’évoquer des souvenirs de ceux qui, au fil des étés, « sont passés, restés, partis ou revenus », plus particulièrement le père, écrivain connu, journaliste  et navigateur hors-pair, l’académicien Bertrand Poirot-Delpech disparu en 2006, et le « grand demi-frère » mort d’un accident en 2017 ainsi que cette famille d’intellectuels et d’ados fêtards. On peut admirer plusieurs fois des tableaux, des meubles, les lits, les papiers peints mais aussi la table de ping-pong, les meubles de jardin, la cave transformée en discothèque selon l’âge des cousins s’y retrouvant… « ces images liées à la lumière de l’été, aux grands déjeuners familiaux, aux airs de danse, aux retours de fête ».
Récit original et bien ficelé au point qu’on a l’impression de connaitre cette maison en fermant le livre.  Beaucoup de charme et de sensibilité » (écrit Dominique Bona  au sujet de ce roman) « Joli livre insolite et décalé, où j’ai eu l’impression de me promener comme un chat »…

Albert Camus : La peste (N°3 - Mai 2020)


Image illustrative de l’article La Peste


Albert Camus : La peste - 1947, Gallimard et Poche ou Belin-Gallimard actuellement - roman

 

  

« En tous les cas, si, pour la plupart, cette lecture remonte aux années d’adolescence, il vaut la peine de s’y replonger aujourd’hui tant on y trouve d’échos à la vague épidémique qui déferle : les autorités qui tardent à regarder la réalité en face, les mesures de confinement, les différentes façons de réagir face au mal, par le déni, le dédain, la magouille, la panique, la fuite. Ou l’engagement, incarné par le docteur Rieux. »  Cet article paru en Mars 2020, dans le quotidien suisse Le Temps, m’a donné envie de relire ce fameux roman pour lequel, entre autres, Albert Camus a reçu la Prix Nobel de Littérature en 1957.
 J’étais restée sur ma fascination d’adolescente pour cet auteur extraordinaire. J’avais particulièrement été marquée par « Le premier homme », roman autobiographique inachevé de cet écrivain, publié par sa fille en 1994
Dans La Peste, l’action se déroule dans les années 1940 à Oran durant la période de l’Algérie française. C’est une chronique de vie quotidienne des habitants pendant une épidémie de peste. Nous vivons chaque étape de la pandémie actuelle. Certaines phrases peuvent s’appliquer directement à ce que nous vivons « dans une langue fluide et prenante ».
« Relire la Peste procure un sentiment de vertige tant les résonances entre ce journal d’épidémie terrassant la ville d’Oran dans les années 1940 et la pandémie de 2020 sont saisissantes », écrit Olivia de Lamberterie dans la journal ELLE.
Un grand moment de littérature.