jeudi 24 juillet 2014
jeudi 19 juin 2014
Audur Ava Olafsdottir :L'Exception
Audur Ava Olafsdotir : L'exception - 2014, Ed Zulma - roman étranger traduit de l'islandais.
J’avais
particulièrement aimé le BEAU livre de cet auteur, « Rosa Candida »,
paru pour la rentrée littéraire 2010, dont le héros était passionné de roses et
de jardins et était un père plein de tendresse pour sa petite fille. Les
sentiments de ce papa étaient analysés avec tant de finesse et de poésie.
Ici dans
« L’exception », ce sont les sentiments d’une femme qui seront
décrits avec tout autant de subtilité ainsi que « les relations
compliquées entre un Homme et une Femme ». Le soir du Nouvel An, Floki apprend à sa femme, Maria, qu’il la
quitte…pour son collègue de travail à l’Institut de Recherche Mathématique,
qui, de surcroît, vient de réveillonner avec eux…Pour Maria, quelle
consternation, quel chagrin, quelle colère, quelle incompréhension. Ils étaient
mariés depuis onze ans, semblant filer le parfait amour, ayant deux jumeaux de
2 ans et demi et elle n’avait rien vu venir. Elle est incrédule, désemparée. Nous
assistons à l’enchainement inéluctable des états psychologiques dus à la
séparation. Elle essaie de fouiller dans son passé pour retrouver des indices
qui auraient pu lui annoncer cette rupture si inattendue. Nous suivons tous ses états d'âme décrits avec tant de délicatesse.
Bien heureusement sa
voisine, Perla, naine, psychologue, écrivain, nègre pour un auteur de polars et
conseillère conjugale, la soutient, la fait réfléchir, fait des
commentaires subtils et plein d’humour
sur la situation.
Le tout se passe en
Islande et nous entrons dans l’univers quotidien des deux jeunes femmes :
les repas, les ballades, le climat, les paysages gris, les journées courtes, le
jardin : c’est une vrai étude des mœurs islandaises. « Ce ne sont pas
les pâles lueurs de l’hiver boréal qui lui réchaufferont le cœur ». Nous comprenons comment les gestes quotidiens aident à surmonter les probèmes...
Un petit bémol : la fin du livre et sa rencontre avec son ex m'ont un peu troublée....
Ce très beau roman est
un « vrai bain de jouvence littéraire. Cette œuvre ressemble à la
vie », dit un critique.
Un petit bémol : la fin du livre et sa rencontre avec son ex m'ont un peu troublée....
Jonathan COE : Expo 58
Jonathan COE : Expo 58 - 2014,Gallimard - roman étranger traduit de l'anglais.
Dans ses Carnets de
route, François Busnel rencontre Jonathan Coe (diffusé le 19/12/2013 sur La 5)
dans l’imposante demeure où vécut son grand-père à Newport en Grande-Bretagne
puis ils vont sur la tombe de celui-ci. Assis sous un arbre centenaire, l’auteur
raconte ce qui l’anime : « Je pense que le rôle de l’écrivain
est d’aider le lecteur à penser plus librement pour proposer une alternative à
tous les discours qui existent, politiques ou journalistiques ». Pour ce
faire, il a choisi de nous embarquer dans une comédie « résolument
vintage » et « so british ».
Thomas Foley vit en
banlieue londonienne avec sa femme Sylvia et sa mignonne petite fille Gill. Il
a une vie tranquille et ordinaire (comme tous les héros de Jonathan Coe). Il
est employé au Bureau Central de l’Information où il rédige des brochures.
Sa vie bascule quand on
lui propose de partir pour une mission de six mois à Bruxelles à l’Exposition
universelle et internationale en 1958. Il sera responsable de la gestion du « Britannia »,
pub construit pour l’occasion, censé incarner la culture britannique pendant
cette Expo 58, dominée par le futuriste Atomium. Ce pub sera l’attraction Numéro
1 du pavillon de la Grande-Bretagne. Il a été choisi, lui explique-t-on, car sa
mère est flamande et son père décédé tenait un pub !!!
Notre héros, taiseux,
modeste, naïf, beau gosse saute sur l’occasion pour se changer du train-train
conjugal et part seul en Belgique. Après quelques anecdotes qui le surprennent,
il se retrouve, ravi et heureux dans cette exposition éphémère aux pavillons factices et joyeux.
Ils ne rencontrent que des gens gentils mais bizarres : la belle hôtesse
belge Anneke qu’il drague, un rédacteur en chef d’un journal moscovite qui
descend les vodkas rapidement, un scientifique anglais qui a mis au point une
machine révolutionnaire, une belle américaine qui se dit actrice mais qui est
démonstratrice d’aspirateur dans le pavillon américain et deux mystérieux
hommes « en trench coat » aux allures de flics qui surgissent à tout
moment. Notre héros, manipulé par les uns, baladé par les autres, se retrouve
coincé dans une intrigue devenant espion malgré lui. Il ne sait plus quoi
penser. Tout ce petit monde cherche qui est l’espion de qui ??? : le
russe travaillerait pour le KGB, l’américaine n’est-elle pas agent
double ??? et si tout cela était factice ???
« Jonathan Coe
déploie sa verve et son humour pour croquer des petites saynètes
cocasses », nous dit un critique de la Croix. En effet que de situations
loufoques, que de personnages originaux et drôles, que d’énigmes
captivantes jusque la fin…. Son écriture
est simple : phrases courtes, dialogues rapides : « J’y tiens,
dit-il. Peut-être est-ce pour cette raison que les éditeurs étrangers
m’accueillent si bien : mes livres sont faciles à traduire », et
l’Express d’ajouter à cette phrase « L’humour anglais est sans
frontière ».
Très bon roman de
détente « mi-espionnage, mi-sentimental » pendant la lecture duquel
on rit et sourit très souvent.
Erik Larson : Les passagers de la foudre.
Erik Larson : Les passagers de la foudre - Le cherche Midi, 2014 - Documentaire et thriller à la fois traduit de l'anglais
Ce roman est un
document historique sur une « invention qui va révolutionner le monde »
et en même temps une enquête passionnante sur l’un des plus grands crimes de
l’histoire.
Marconi, jeune
chercheur italien, invente la « Télégraphie sans fil » en
Grande-Bretagne. Ce physicien recevra, avec Braun, le prix Nobel de physique en
1909 « en reconnaissance de ses contributions au développement de la
télégraphie sans fil ». L’auteur
nous conte les difficultés de Marconi dans ses expériences laborieuses en nous
relatant des documents véridiques. La mise au point de la communication sans
fil à travers l’Atlantique est très difficile et jalousé par des collègues
malgré les essais d’entente de la part de Marconi. Certains passages sont
vraiment longs, particulièrement la mise en place des antennes dans des régions
du bout du monde par des temps pourris : tempêtes, pluies, orages etc…
En parallèle, nous
suivons la vie du médecin Harvey Crippen qui supporte difficilement l’humeur de
sa terrible épouse « une flamboyante chanteuse d’opéra » à Londres en
1910 qui disparaît mystérieusement…Il sera soupçonné du meurtre mais les
preuves ne seront trouvées qu’après son départ vers le Canada avec sa
maitresse.
Les cent dernières
pages de ce roman relatent la course poursuite à travers l’Atlantique :
l’inspecteur de Scotland Yard réussit à repérer Crippen et sa maîtresse sur un
bateau au milieu de l’océan grâce à l’avis de recherche divulgué dans les
journaux et à la perspicacité du capitaine du bateau qui reconnaît à son bord
le ménage suspect et les signale à la police grâce à la récente invention extraordinaire
de Marconi….Par la presse, le grand public va suivre pour la première fois dans
le monde cette poursuite en haute mer. Les télégrammes sont divulgués au fur
à mesure et l’arrestation de Crippen et
sa maîtresse se fait à l’arrivée au Québec !!!!
Ce roman est un
passionnant document historique et succulente enquête policière très british.
On a du mal à croire que les deux histoires sont réelles : thriller très
réussi.
Danielle Digne : La petite copiste de Diderot
Danielle Digne : la petite copiste de Diderot - 2013, Le passage - roman français .
Dans « Le
Joaillier d’Ispahan », Danielle Digne se passionnait pour un jeune
homme, fils d’un riche joaillier, Jean Chardin, qui publia le récit de ses
voyages en 1686 : « Voyages en Perse et aux Indes Orientales ». Il
révéla l’Iran, donc la Perse, à la fin du 17ème siècle, d’où les
« Lettres Persanes » de Montesquieu.
L’auteur aime romancer la vie de
personnages ayant existé. Ici elle se plonge dans la vie et la personnalité de
Diderot.
C’est une jeune fille
campagnarde et orpheline qui, exceptionnellement à l’époque, sait lire et
écrire, qui est l’héroïne de ce livre. Elle devient la « petite
copiste » de Diderot et nous conte la vie de celui-ci au jour le
jour : ses difficultés à écrire les articles et faire paraître « L’Encyclopédie »
(1747 à 1765), ses relations avec les co-auteurs de ce recueil, ses tourments
conjugaux, sa liaison clandestine avec Sophie Volland qu’il rencontre en 1755,
le rachat « en viager » de sa bibliothèque par Catherine II de Russie
ce qui le met à l’abri du besoin jusque sa mort en 1784 et lui permettra de
« doter » sa fille. Diderot s’attache à cette jeune fille et apprécie
son aide, découvre son intelligence et souhaite en faire « une petite
philosophe ». La petite copiste nous décrit un homme difficile mais
attachant et nous dépeint la fin du XVIIIème siècle dans la « Société des
gens de lettres » qu’elle côtoie. Elle admire ce génie, reconnu pour son
érudition et son esprit critique. Il est considéré comme écrivain, philosophe
et encyclopédiste français des Lumières, à la fois dramaturge, conteur,
essayiste, dialoguiste, critique d’art, critique littéraire et traducteur.
L’idée de faire
intervenir la « petite copiste » est très originale et beaucoup
d’anecdotes sur la vie de Diderot sont réelles. Les dialogues entre les deux
personnages sont parfois simplistes mais donnent beaucoup de vivacité au roman
qui est très agréable à lire.
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