lundi 30 novembre 2020

Jean-Christophe Rufin : Le Flambeur de la Caspienne (N°3, Nov 2020)

Le Flambeur de la Caspienne

 Jean-Christophe Rufin : Le Flambeur de la Caspienne - 2020, Flammarion - roman

 

 

Jean-Christophe Rufin : Le flambeur de la Caspienne

 Jean-Christophe Rufin, auteur que j’aime beaucoup, se lance dans les romans policiers-enquêtes : ce récit est le troisième d’une trilogie qui met en scène le même héros, Aurel Timescu, ancien réfugié politique roumain du temps de Ceausescu, devenu Consul, « le petit consul », calamiteux diplomate mais redoutable enquêteur... L’auteur nous fait un portrait « tragi-comique » de ce drôle de bonhomme sensible et attachant, à l’allure incroyable et originale. Le premier volet se passait en Guinée (Le suspendu de Conakry, paru en 2018). Le deuxième au Mozambique à Maputo (Les Trois Femmes du Consul, paru en 2019).

Ici le voilà notre Aurel nommé en Azerbaïdjan, à Bakou « ville pleine de charme au climat doux, au luxe élégant » dans laquelle Aurel va se lancer dans une enquête « plus folle que jamais » car elle concerne l’ambassadeur lui-même. L’auteur avait laissé entendre qu’un récit se passerait en Azerbaïdjan et a dit : « où je suis allé plusieurs fois pour voir mon fils qui dirige l’Institut français à Bakou. Cela cadre bien avec la carrière pourrie d’Aurel. En pensant le punir, la DRH du Quai d’Orsay va le nommer dans ce pays supposé épouvantable. Alors qu’en fait, la vie y est très agréable » dit-il au journaliste de Télérama.

Roman - enquête  très agréable à lire  qui nous fait découvrir le charme de Bakou.

 

 

mardi 3 novembre 2020

Hannelore Cayre : Richesse oblige (N°1 - oct 2020)

 Hannelore Cayre : Richesse oblige - Ed Métailié, 2020 - roman

 

Alors que vient de sortir le film « La daronne », adapté de son précédent livre, l’auteure nous écrit ici un roman original et plein d’humour avec tout ce que le lecteur aime chez cette écrivaine : « personnages cassés mais marquants, langue crue, humour féroce, colère politique sous-jacente, histoire percutante » (Lire).

Dès le début, la fin est dite. Blanche de Rigny, jeune mère célibataire et précaire devient « inimaginablement riche » car elle hérite de sa famille (jusqu’alors inconnue d’elle), six membres de celle-ci venant de mourir en moins d’un an.

 Blanche va faire sur cette famille une enquête qui nous est racontée à la première personne un chapitre sur deux et qui se passe à notre époque. Les autres chapitres se situent entre janvier 1870 et avril 1871 en ce XIXème siècle (époque que l’auteur adore) lorsque les jeunes gens riches pouvaient acheter un remplaçant pour partir à la guerre à leur place. (Admirons l’écriture très XIXème de ces passages). Ce sera le cas d’un ancêtre de Blanche : Auguste « cet attachant jeune homme toujours un peu à côté de la plaque » et aussi révolté que Blanche sur les conditions sociales.

C’est donc le lien entre les deux époques : Auguste est l’arrière-grand-père de Blanche. Un petit arbre généalogique aide bien le lecteur à comprendre les différentes générations.

Blanche et son amie Hildegarde, toutes deux handicapées (comme l’auteure qui avoue qu’elles sont « son double ») forment un « duo inoubliable » et, en enquêtant sur la filiation de Blanche, vont se trouver dans des situations si drôles et si invraisemblables.

Le ton est « direct, cruel mais élégant » (Lire), très comique : on rit beaucoup à la lecture de ce livre formidable.

Marie- Hélène Lafon : Histoire du fils (N°2 - oct 2020)

Histoire du fils

Marie-Hélène lafon : Histoire du fils - 2020, Ed. Buchet-Chastel - roman 

 

Cette écrivaine est professeure de Lettres, passionnée de Gustave Flaubert. Elle a reçu le prix Renaudot des Lycéens en 2001 pour le Soir du Chien et le Goncourt de la Nouvelle en 2016 pour Histoires.

Dans un style remarquable, elle raconte un siècle de passion familiale et de question de filiation, donc de trois générations, cette famille vivant entre le Lot, le lieu de prédilection de l’auteur « le pays d’en haut, « pays perché, pays perdu », le Cantal et Paris… Elle nous fait traverser « la France et ses métamorphoses » de 1908 à 2008.

Quelques très beaux portraits d’hommes : André, enfant « lumière » dans cette famille unie, de père inconnu et de mère « intermittente » puis devenu adulte et père mais toujours à la recherche de l’image paternelle ; les jumeaux dont le fameux Paul, arriviste, que l’ascension sociale a grisé.

Superbes portraits de femmes : Gabrielle, la mère d’André qui file à Paris « vivre une vie d’amoureuse » et Hélène, sœur de Gabrielle qui va élever avec amour André en restant « au pays ».

Quelques magnifiques descriptions de la terre, des paysages, des sentiments, « des gestes des personnages et des objets du quotidien ». « Son écriture est charnelle, vertigineuse même, quand les images s’imposent pour mieux bouleverser la lecture » (Télérama). L’auteure dit : « Je suis travailleuse du verbe », à la Grande Librairie. Elle y dit aussi que cette histoire a été vécue par des proches qui, l’été 2012, lui ont demandé de la raconter.

Le seul bémol est la construction de ce roman, « proche du puzzle » avec des allers-retours dans le temps qui obligent le lecteur à vérifier souvent la date indiquée en titre de chapitre.