jeudi 23 juin 2016
lundi 30 mai 2016
Olivier Bourdeaut : En attendant Bojangles (n°1 Mai 2016)
Olivier Bourdeaut : En attendant Bojangles - Ed. Finitude, 2016 - roman - grand prix RTL Lire. Prix roman France télévisions. Prix du roman des étudiants France culture.
Ce premier roman d’Olivier Bourdeaut est « un petit bijou » de drôlerie et de tristesse à la fois, « un formidable hymne à la joie, à l’amour et à la douce folie » » : c’est l’histoire d’une famille un peu givrée.
Un petit garçon, le
narrateur, vit avec ses parents un enchantement permanent : Louise, la
mère (elle change de prénom tous les matins) est terriblement attachante et
extravagante : « elle répand un tourbillon de poésie et d’énergie sur
tout » (ELLE). Georges, le père, veut vivre en dehors de toutes conventions.
Ils forment un couple passionnément amoureux, vivant soit dans un appartement
où l’on fait la fête tous les jours, soit dans un château en Espagne où l’on
danse sur « Mr. Bojangles », superbe musique avec la voix chaude de Nina Simone (à écouter
obligatoirement). Quelle vie fantaisiste pour un enfant : le petit garçon
contemple sa mère avec une admiration sans bornes. Elle le chérit :
« Elle me traitait ni en adulte, ni en enfant mais plutôt comme un
personnage de roman » dit-il. Trop touchant !
L’excentricité de ce
couple dépasse les bornes et la mère doit se soigner dans un hôpital
psychiatrique. Les réflexions de l’enfant sur cet épisode de l’enfermement de
sa mère sont extraordinaires de lucidité. Trop émouvant !
Il faut aussi signaler
le quatrième « personnage » de ce roman : une grue de Numidie,
appelée Madame Superfétatoire : Trop fantasque !
« On rit comme on
pleure au rythme de la musique » (Télérama) et au rythme des idées
farfelues des parents. Le tout est écrit avec plein d’humour, d’esprit, de
poésie.
Je peux conclure avec
cette phrase de la revue Lire : « Un conte pour petits et grands qui
tout en humour et délicatesse aborde mine de rien le thème de la maladie
mentale ».
Bon moment de détente
rieuse et sérieuse…
Catherine Poulain : Le grand marin (n°2 Mai 2016)
Catherine Poulain : Le grand marin - Ed. de l'Olivier, 2016 - roman français
Cette histoire
extraordinaire que l’on devine autobiographique raconte le destin d’une jeune
française, la frêle Lili, qui décide de partir pêcher la morue en Alaska et de
passer dix années à Kodiak. On comprend que la baroudeuse-auteur n’en est pas à
son premier voyage puisqu’elle fut aussi « modèle aux Beaux-Arts de
Singapour, assistante d’un cracheur de feu, barmaid à Hong-Kong, employée
d’usine en Islande, ramasseuse de pommes au Canada, peintre sur un chantier
naval au Guatemala ». Une sacré voyageuse de 55 ans de nos jours.
Ici donc en Alaska,
notre narratrice, ce petit bout de femme que l’équipage surnomme ‘moineau’,
« rejoint la cohorte des êtres à la dérive, corvéables à merci,
mercenaires des mers, qui trainent le long des quais » (La Croix).
La première moitié de
ce roman est comme un ouragan. Notre Lili supporte et aime les conditions les
plus extrêmes de cette vie sur un bateau de pêche : froid polaire,
humidité continuelle, manque de sommeil et de nourriture, brimades et
humiliations de la part des hommes,
blessures. MAIS c’est ce qu’elle recherche et elle y trouve la liberté, le
moyen de donner un sens à sa vie, en se donnant à fond, en allant au bout de
ses forces. Elle trouve « le bonheur de mettre son corps à l’épreuve et en
mouvement » (Le Monde). Quelques descriptions du travail à bord sont
magnifiques : les poissons à éviscérer en cale dans le sang et la glace
par exemple ainsi que les beaux portraits de ces grands marins, tous anciens
trappeurs ou bucherons, tous des alcooliques, des costauds comme le
« grand marin », Jude, avec qui Lili a une histoire d’amour.
Le roman s’essouffle
ensuite : une fois à terre Lili traîne comme tous les marins. L’abus
d’alcool, les cigarettes fumées à la file, la nourriture succincte sont le lot
de toutes les longues journées. Le tour des bars dont on ne retient pas les
noms, le soutien de ses amis marins tous marginaux que l’on a du mal à
reconnaître au fil des pages donnent un récit assez confus.
Le tout est quand même
d’une belle écriture dans un style « âpre et sec » ainsi qu’est la
dureté de cette aventure. C’est un roman
« physique » !!!
Adelle Waldman : La vie amoureuse de Nathaniel P. (n°3 Mai 2016)
Adelle Waldman : La vie amoureuse de Nathaniel P. - Poche Points, 2014 - roman américain
Nate, jeune Newyorkais
à la mode, dans les trente ans, raconte les péripéties de sa vie sentimentale.
Il passe d’une femme à l’autre, selon l’humeur : elles sont toutes
charmantes, jolies, intelligentes, travaillent dans la presse, c’est-à-dire
dans le même milieu littéraire que Nate qui, bien qu’auteur, arrondit ses fins
de mois en étant critique littéraire et en écrivant des articles
philosophiques. « Il est le produit d’une enfant postféministe des années
1980 et d’un cursus universitaire conventionnel des années 1990 » nous dit
l’auteur… »
Cet homme
« inconséquent » nous est décrit avec finesse et humour, « d’une
façon aussi drôle que juste », dans son intimité et ses gestes de tous les
jours. Peut-être est-il beau et attirant, brillant en société mais il a des
côtés peu reluisant : c’est un paresseux et un insatisfait, qui ne veut
pas s’engager auprès d’une unique personne toute une vie ni renoncer à sa
liberté. Ce type entretient « une longue relation intime avec la
culpabilité ».
Ces femmes actives,
« exigeantes, clairvoyantes, féministes mais aussi amoureuses » avec
qui ils partagent sa vie quelques temps sont sans concession pour leur amant et
la description de la panoplie de ces femmes est succulente. « Les atermoiements
du jeune homme délicieusement répétitifs valent moins pour eux-mêmes que pour
ce qu’ils révèlent des femmes qui en sont l’objet… » (La Croix )
Le style est brillant,
plein d’humour vachard pour cette étude de mœurs de la vie à New York. C’est un
roman « piquant » dit la revue LIRE….
Adelle Waldman : La vie amoureuse de Nathaniel P. - Poche Points, 2014 - roman américain
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