dimanche 24 janvier 2016

David McNeil : Quelques pas dans les pas d'un ange (n°4 Janv 2016)

livre quelques pas dans les pas d'un ange


David McNeil : Quelques pas dans les pas d'un ange - Gallimard, 2003 et  Poche Folio, 2015 - roman biographique


David est le fils de Marc Chagall. Il nous décrit son enfance et les moments magiques où il vécut près de son père.
Un peu de généalogie : Marc Chagall perd sa femme Bella en 1944 puis a une maitresse, Virginia Hoggard qui donne naissance à David en 1946 aux USA. Cette dame est mariée à Monsieur McNeil qui refuse de divorcer. David porte donc le nom de son père légitime de l’époque, le mari de sa mère. Marc Chagall, Virginia et l’enfant rentrent en France en 1948 pour vivre dans le midi mais le couple se sépare et la maman de David s’installe en Belgique. David est alors pensionnaire, ce qui explique qu’il ne verra son père qu’aux grandes vacances. Ceci n’est pas écrit dans ce livre mais je trouve nécessaire de connaitre les faits pour mieux comprendre comment les moments de vie commune de David et son père ont laissé  « des souvenirs d’enfance enchantés et parfois douloureux ».
D’une belle écriture tendre et humoristique, l’auteur écrit ce livre à 57 ans et il nous décrit son père déjà âgé puisqu’il a eu David tardivement. : « Il n’y avait que mon père qui me souriait, de son sourire de faune. J’aurais donné mille sourires pour un seul des siens ». Beaucoup de connivences lient le père et le fils. Il décrit l’ambiance de la maisonnée dirigée par Elle (une nouvelle femme de Chagall) et l’atmosphère de la vie des artistes regroupés dans le Sud : les odeurs du midi, les jeux de pétanque, les jours de marché, les fleurs. Beaucoup d’anecdotes sont drôles, sensibles, émouvantes.
Surement David a eu un manque affectif de ce père qu’il voyait peu et sa vie fut jalonné de hauts et de bas. Il est devenu chanteur, auteur, compositeur, a écrit des paroles de chansons pour Souchon, Clerc, Dutronc, Voulzy. Mais il  a eu des périodes de vie très sombres.
J’ai beaucoup aimé ce petit livre qui est comme une chanson d’amour d’un fils pour son père qu’il admirait tant.
A lire en allant voir l’exposition Chagall au musée de la Piscine de Roubaix dans le Nord de la France.

lundi 21 décembre 2015

Mathias Enard : Boussole ( n°1 Déc 2015)

livre boussole   Mathias Enard : Boussole -Actes Sud - 2015 - roman français Prix Goncourt 2015.

Impossible d’écrire une critique ou un résumé de ce livre tant il est dense et tant d’articles sont parus à son sujet MAIS je peux dire que je me suis laissée bercer par ces longues phrases extraordinaires qui nous emmènent dans des lieux magiques, nous donnent l’impression d’entendre de la musique, nous initient à la littérature orientale et nous plongent dans la vie des chercheurs.
Franz, qui est le narrateur de ce livre, est un musicologue viennois. Il subit une nuit d’insomnies et se remémore ses moments passés avec Sarah avec qui il découvrit l’Orient et l’amour. Lui, il consacre sa vie à étudier les liens entre la musique orientale et la musique européenne le plus souvent en restant à Vienne « jadis point de friction entre l’Europe chrétienne et le Grand Turc ». Ses expéditions lointaines ne l’ont pas rendu moins casanier et « fils à maman ». A l’inverse, Sarah, érudite et universitaire nomade, aventurière, est éternellement ailleurs. Se retrouveront-ils ???

Je cite quelques phrases de critiques :
« Des cataractes d’informations sur des lieux, des êtres, des idées, des œuvres s’abattent sur le lecteur ainsi affranchi des  trombes d’érudition » (La Croix).
« Avançant de références savantes en souvenirs de voyages et réminiscences de colloques, il entraîne le lecteur à Istanbul, Téhéran, Damas, Alep… » (Le Monde).
Au milieu de ces pages savantes où nous rencontrons des musiciens tels Liszt, Beethoven, Bach, Mendelssohn, des écrivains tels Rimbaud, Verlaine, Balzac, Flaubert, des archéologues typés, l’auteur écrit des passages extrêmement drôles sur le comportement de Franz, si mal à l’aise, si timide, si réservé…et nous fait des paragraphes passionnants sur des sujets très variés tels que, par exemple : la façon de fumer le narguilé, une longue réflexion sur l’homosexualité, une description de ses nuits d’amour, un inventaire de découvertes dans un grenier, le portrait de l’éclatante Sarah et tant d’autres.
« Le lecteur peut se perdre dans le foisonnement du texte et les méandres de la pensée de Franz. Mais il lui suffit d’attendre la phrase suivante pour reprendre son souffle avec lui et l’accompagner jusqu’au bout de sa nuit » (Le Monde). C’est ce que j’ai fait et je me suis laissée envoûter par ce texte extraordinaire : « Le magnétisme de la prose envoûtante de Mathias Enard est à son meilleur » (La Croix)

Je peux conclure en citant un critique de Télérama : « Une boussole, vraiment ? Ce roman d’une extraordinaire richesse est plutôt un tapis volant : il nous fait voyager dans les textes de tous les pays, nous convie à suivre Flaubert ou Chateaubriand, voyageurs d’Orient et nous rappelle aussi qu’à Palmyre, des fous détruisent des édifices. Un roman d’amour donc, charnel et passionné par tout ce que la rencontre avec l’Orient peut apporter de poésie et de savoirs. »

On peut se rappeler  deux superbes romans que Mathias Enard a écrit : « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants » (2010, prix Goncourt des Lycéens) sur Michel-Ange et « Rue des voleurs » (2012) qui se passe à Tanger.




Geneviève Chauvel : Le peintre de la reine (n°2 Déc 2015)



Geneviève Chauvel : Le peintre de la reine, Elisabeth Vigée Le Brun - Pygmalion, 2003 - roman biographique

Jusqu’au 11 janvier 2016, le musée du Grand Palais à Paris expose 150 œuvres de Louise Elisabeth Vigée Le Brun. Cela m’a donné envie de relire ce superbe roman biographique paru en 2003.
Geneviève Chauvel nous trace le parcours extraordinaire et la vie mouvementée et exaltante pour une Femme née en 1755 et décédée en 1842.
Dans cette exposition, on est ébahi « devant la jeunesse, la malice des visages si vivants, la sensualité de la peau découverte, la touchante beauté des modèles » (La Voix du Nord) et aussi devant les autoportraits si frais et séduisants  de l’artiste, principalement celui avec sa fille dans les bras (1786). (ci-dessus)

Ce roman nous décrit une femme battante, un peintre talentueux. Son début de carrière est difficile car son père est mort et les revenus familiaux sont maigres « malgré tous nos efforts de parcimonie » dit-elle et bien sûr puisqu’elle est une femme… Peintre à 14 ans car fille d’aquarelliste et enfant extrêmement douée, Louise Elisabeth obtient très vite de nombreuses commandes de portraits, d’abord de personnes de son environnement puis de la cour sous l’ancien régime. 

Elle est reconnue comme Grand Peintre en 1783, étant acceptée à l’Académie Royale de Peinture. Elle devient le peintre favori de la reine Marie-Antoinette pour qui elle fait, entre autres, le fameux tableau « Marie-Antoinette et ses enfants » en 1787. L'auteur nous rapporte les moments d'intimité et les discussions que l'artiste peut avoir avec ses modèles. Ces moments privilégiés sont passionnants à connaître.
 Elle sera obligée de fuir Paris à la révolution. Son exil durera 13 ans et lui ouvrira la porte de toutes les académies : Rome, Naples, Milan, Berlin, Saint-Pétersbourg. De retour en France en 1802, elle se sent mal à l’aise dans ce nouveau Paris et part pour Londres pour revenir finir sa vie à Louveciennes. Elle y écrira  ses mémoires « Les Souvenirs » qui servent de trame à ce roman et dont l’auteur transcrit des passages.

Pour conclusion, on peut citer cette belle phrase qu’elle disait souvent pour exprimer la joie qu’elle a toujours éprouvée en travaillant : « Peindre et vivre n’a jamais été qu’un seul et même mot pour moi ».