lundi 21 décembre 2015

Frédéric Beigbeder : Oona & Salinger (n°3 Déc 2015)

livre oona & salinger 

Frédéric Beigbeder : Oona & Salinger -Livre de poche, 2014 - roman français



« A partir de la rencontre entre Salinger et Oona O’Neill, Frédéric Beigbeder imagine une « love fiction » au charme fou ». Ce titre d’article du magazine ELLE m’avait plu, d’autant que Salinger et son « Attrape-cœurs », une des œuvres les plus célèbres du XXème siècle, m’a toujours subjuguée.

J’ai lu, il y a peu (fiche dans ce blog), deux livres le concernant : « Et devant moi, le monde », récit de Joyce Ménard qui vécut avec lui à l’âge de 18 ans en 1972 et « Mon année Salinger », document de Joanne Smith Rakoff dans lequel l’auteur raconte comment elle a travaillé dans l’agence littéraire qui s’occupait du mystérieux Salinger à New York dans les années 1990.

Ici Frédéric Beigbeder imagine donc la rencontre de J.D. Salinger à l’âge de 21 ans et Oona O’Neill, 15 ans à New York en 1940. Elle, elle est la fille du prix Nobel de littérature en 1936 Eugène O’Neill. Elle est belle, gaie, attirante. Lui, il essaie d’être écrivain. Ils se voient régulièrement dans un bar enfumé et commence une idylle mais « ils ne se marieront jamais et n’eurent aucun enfant », nous dit l’auteur. Elle le fait languir, joue les mondaines et leur relation commence quelques mois avant Pearl Harbour et leurs chemins vont vite s’éloigner : elle part en 1942 à Hollywood espérant y trouver la gloire mais y rencontrant l’amour, puisqu’elle épousera Charlie Chaplin de trente-six ans son aîné. Lui part comme sergent, débarquant en Normandie et revient en ancien combattant, traumatisé par la guerre : il est l’un des premiers soldats américains à entrer dans le camp de Kaufering, près de Dachau et découvre l’horreur. Deux destinées bien différentes pour nos deux héros.
Le romancier imagine de façon talentueuse les rendez-vous, les discussions, les séparations, les lettres échangées, la rencontre de Oona et Charlie Chaplin, le tout en faisant des commentaires personnels plein d’humour sur sa propre vie.

Je suis tombée sous le charme de ce roman bien écrit, audacieux, touchant et profond, tant ce récit parait « crédible ».

Michèle Lesbre : Chemins (n°4 Déc 2015)

livre chemins Michèle Lesbre : Chemins - Sabine. Wespieser -2015 - roman court .




Michèle Lesbre aime se retourner sur son passé. Elle nous l’a déjà démontré dans « Le  canapé rouge », excellent petit livre de poche, roman intimiste sur les rêveries et les vagabondages de l’esprit entre mélancolie et espoir…

Ici elle revient sur les traces de son enfance avec les souvenirs douloureux concernant son père, très tôt disparu qu’elle nomme « mon intime étranger ». Il aimait lire « Scènes de la vie de bohème » de Henry Murger (son livre de chevet). Tout en le relisant elle-même, elle pense redécouvrir l’histoire commune qu’elle aurait pu avoir avec ce père, grand colosse qui la soulevait de terre en riant mais qui s’entendait si mal avec sa mère…

Pour penser à son passé, elle choisit de revoir les lieux de son enfance, cheminant lentement au rythme des fleuves, des mouvements des péniches, à la douceur des bords le Loire : une maison prêtée, une écluse, un chien qui s’attache à elle, un hôtel le long d’un canal lui redonnent une certaine sérénité.

Je peux conclure en citant cette phrase d’un critique de Version Fémina : « Avec cette écriture minimaliste et puissante qui la caractérise, l’auteur nous entraîne sur les chemins parsemés de lectures qui aident à vivre »

vendredi 27 novembre 2015

Alice Zeniter : Juste avant l'Oubli (n°1 Nov 2015)

livre juste avant l'oubli 

Alice Zeniter : Juste avant l'Oubli - Ed Albin Michel-Flammarion, 2015 - roman français



Après « Sombre Dimanche » (2013) prix du livre Inter, où l’auteur décrivait l’histoire de la Hongrie du XXème siècle à travers la vie d’une famille, d’une manière très sombre, Alice Zeniter nous écrit un tout autre genre de roman avec  ce récit « malicieux, discrètement primesautier » pour lequel, dit-elle, elle a éprouvé un grand plaisir en écrivant et en inventant hommes, lieux et atmosphère.
Emily et Frank sont amoureux depuis 8 ans. Frank pense qu’Emily est la femme de sa vie et veut un bébé avec elle… mais ils vont découvrir « l’impact de la littérature sur leur vie. ». En effet Emily décide de partir 3 mois sur une île des Hesbrides au large de l’Ecosse pour organiser les Journées d’études sur l’écrivain Galvin Donnel (personnage de pure fiction) sur lequel Emily consacre sa thèse. Cet auteur reste culte « pour avoir révolutionné les codes du polar »…Ce colloque a lieu sur cette île « caillou fantôme hérissé de falaises », habité par une seule personne, un gardien. Ce fameux écrivain de roman policier s’est suicidé là en 1985 après y avoir vécu seul pendant 20 ans.
Frank rejoint son amie après trois mois de séparation mais rien ne se passe comme prévu !!! L’atmosphère devient oppressante, le fantôme de Donnell plane sur les lieux maudits. L’auteur se moque du milieu universitaire dont font partie les invités à ce colloque (il y a quelques portraits bien caricaturés) et nous fait une étude humoristique sur la fin d’un amour (les réflexions de Frank à ce sujet sont excellentes), aucun des deux amoureux ne voulant renoncer à ses rêves…

Un critique du Monde dit : « Ce livre louvoie avec malice entre le polar tendance d’Agatha Christie et le roman à la David Lodge sur le si petit monde universitaire ».

Très agréable livre de pure fiction plein d’humour, de gaieté, de fantaisie dans un style très vif et moderne avec un faux air de « roman noir », un « faux polar » dit François Busnel.