lundi 19 décembre 2016
samedi 26 novembre 2016
Gaël Faye : Petit pays (n°1 Nov 2016)
Gaël Faye : Petit pays - Grasset - 2016 - roman autobiographique

Lauréat du prix du
roman Fnac en début d’automne, faisant partie de la première sélection pour le Goncourt et maintenant Prix
Goncourt des Lycéens, Petit Pays est l’une des découvertes de la rentrée. Gaël Faye
est un franco-rwandais, exilé en France depuis 1995, devenu trader à Londres
(où il menait « une vie de poisson rouge »…) puis rappeur-slameur en France.
La première partie du roman (sûrement autobiographique) décrit le quotidien insouciant d’un petit garçon métis
(père français, mère rwandaise) au Burundi. Il mène une vie tranquille et
heureuse vers la fin des années 1990 avec belle maison, domestique, copains. Que
de belles images de cette enfance : le goût des mangues, la lumière
aveuglante, la musique, les senteurs des fleurs, les jeux d’enfants puis de
pré-ados. Mais cette insouciance est apparente car il connait les difficultés que sa maman a rencontrées. il nous écrit ce très beau passage : « Les voisins étaient surtout des Rwandais qui avaient
quitté leur pays pour échapper aux tueries, massacres, guerres, pogroms,
épurations, destructions, incendies, mouches tsé-tsé, apartheids, viols, meurtres,
règlements de compte et que sais-je encore. Comme Maman, ils avaient fui ces
problèmes et en avaient rencontrés de nouveaux au Burundi – pauvreté,
exclusion, quotas, xénophobie, rejet, boucs émissaires, dépression, mal du
pays, nostalgie. Des problèmes de réfugiés. »
La séparation de ses
parents sera la première ombre et la fin de l’innocence. Commence alors la
deuxième partie du roman : l’enfant devient adulte. L’auteur écrit avec
puissance et émotion ce franchissement entre les deux mondes. A la même époque ont lieu
les massacres entre Hutus et Tutsis. La famille de sa mère sera victime du
génocide Tutsis au Rwanda en 1994. L’auteur « parvient à trouver les mots
pour l’indicible, à travers le témoignage de sa mère, au cours d’une scène
nocturne et douloureuse, sur l’assassinat de ses nièces » (Match)
« A la voix du
petit garçon, se mêle celle de l’homme qu’il est devenu 20 ans plus tard ».
Il nous dit lorsqu’il retourne dans son pays : « Je pensais être
exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je
l’étais de mon enfance. Ce qui me parait bien plus cruel encore ». Le
dernier chapitre est le point sublime de ce roman…très émouvant.
Beaucoup de sujets
abordés dans ce roman puissant et dense : l’identité, la peur, le passage
d’un enfant à l’âge adulte, le racisme en Afrique, les rapports entre les
expatriés et les Africains, les exilés, les réfugiés.
Yasmina Reza : Babylone (n°2 Nov 2016)
Yasmina Reza : Babylone -Flammarion, 2016 - roman : Prix Renaudot
L’auteure elle-même décrit son livre
comme « une tragédie drôle » et Jérôme Garcin en dit :
« Sous des airs de polar déjanté et de comédie sociale, un livre terrible
et poignant ». Je suis moins enthousiaste que lui…
L’auteure nous met en
scène (un peu comme dans les pièces de théâtre qu’elle écrit) les relations de
voisinage dans un petit immeuble. La narratrice est Elisabeth, la soixantaine,
femme active puisque travaillant comme « ingénieur-Brevets » à
l’Institut Pasteur, désenchantée, mariée à Pierre, assez
« ordinaire » et bourgeois. Elle aimerait une vie moins tranquille.
Elle se prend d’amitié pour son voisin Jean-Lino, d’origine italienne, sans
enfant, mélancolique, déjanté, attaché à son chat, ayant comme compagne Lydie,
passionnée par les problèmes « écolo-bio », chanteuse et voyante à
ses heures…Tous deux joignent la
solitude de leurs existences et ont des conversations pleines d’humour.
Pour la fête de
printemps, Elisabeth décide d’organiser une soirée et y invite des amis intello-bourgeois et le fameux
couple de voisin. La soirée tourne mal : Jean-Lino, devant tous, se moque
de Lydie qui fait signer des pétitions contre le broyage des poussins et qui ne
mange que des poulets qui ont volé. De retour chez eux, Jean-Lino et Lydie se
disputent et c’est le drame. Evidemment Elisabeth veut aider son ami,
« intrigue cousue de fil blanc »…et on tombe à la « frontière
invisible entre la folie douce et la raison » (Match)
Nous lisons ce livre en
souriant : « Ce rire festif qui conjure la tristesse, comme dans
« Heureux les heureux » écrit par Yasmina Reza qui a reçu le prix
littéraire de Monde en 2013 » (Le Monde). Nous pouvons apprécier le beau
sentiment d’amitié et de solidarité des
deux héros en comprenant un peu mieux leur vie en la découvrant dans des
« flash-backs ». L’auteur connait l’art du dialogue et de la formule
caustiques et drôles malgré la tristesse du décor et de l’événement. Nous
sourions aussi en lisant les descriptions d’une banalité incroyable : les
courses au supermarché, les meubles, les valises, les verres achetés pour la
fête, la salle de bains, les vêtements, les lunettes, « la fameuse mèche
recouvrante des gens chauves »…Yasmina Reza est « un écrivain
talentueux, ivre de mots et de phrases virevoltant autour d’histoires
haletantes » (La Croix).
Mais
malgré tout, ce livre est déroutant car l’auteur mélange beaucoup de sujets et
par moments les situations sont grotesques et un peu trop déjantées
Jean-Michel Guenassia : La valse des arbres et du ciel (n°3 Nov 2016)

Jean-Michel Guenassia : La valse des arbres et du ciel - Albin Michel, 2016 - Roman français
Aujourd’hui encore les circonstances de la mort de Vincent Van Gogh (1853-1890) restent mystérieuses. Dans ce roman, l’auteur invente les derniers moments du peintre en les racontant à partir du point de vue de Marguerite Gachet, fille du célèbre Docteur Gachet, collectionneur de peintures, qui soigna le peintre à Auvers sur Oise quelque temps avant sa mort. L’auteur imagine un grand amour entre Marguerite et Van Gogh : que s’est-il réellement passé entre les deux personnages ??? La jeune fille serait-elle impliquée dans la disparition du peintre ?
Toujours est-il que Jean-Michel
Guenassia nous fait des descriptions
extraordinaires de l’artiste : « Vêtu de sa veste bleue, d’une
chemise blanche, d’un pantalon noir, protégé par son chapeau en feutre »
et de l’artiste en train de peindre : « Il peint collé à la toile
sans observer le champ…je suis surprise par sa brusquerie. Il pose la peinture
avec nervosité. Il semble pressé, ses gestes sont saccadés. Il se lance dans un
corps à corps, flagelle la toile de petits coups répétés …» :
magnifique. Elle dit aussi en voyant une peinture : « cette peinture
était sidérante de beauté : c’était le plus beau champ de fleurs que j’ai
jamais vu… »
Marguerite, très amoureuse,
veut échapper à la sévérité paternelle et dépeint son père comme étant un
« veuf aigri, tyran domestique et pingre ». Elle dit : « Il
y avait un malentendu au cœur de leur relation (entre le Docteur Gachet et Van
Gogh) : Vincent espérait vendre des toiles au docteur et celui-ci
escomptait agrandir sa collection sans débourser un sou »…
Le style est fluide et
très agréable à lire, c’est un récit « vif, pétillant d’esprit et de
rebondissements cocasses » (Match). On se régale des descriptions des peintures
de l’artiste mais aussi des lieux où il peint : campagne, rivière, champs
et des jugements de Marguerite sur l’époque, sur les peintures des
impressionnistes, sur les salons d’expositions, sur les mœurs des familles
bourgeoises.
N’oublions pas que l’auteur
avait obtenu le prix Goncourt des lycéens en 2009 avec l’excellent roman (dont
j’avais fait une fiche élogieuse) : « Le club des incorrigibles
optimistes ».
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