dimanche 27 octobre 2013
lundi 23 septembre 2013
Sorj Chalandon : Le quatrième mur
Sorj Chalandon : Le quatrième mur - Grasset, 2013 - roman
Sorj Chalandon, ancien
grand reporter, m’avait enthousiasmée par deux de ses romans : « Mon
traitre » (2008) à propos de son meilleur ami nord-irlandais dénoncé comme
informateur des Britanniques puis exécuté par des dissidents de l’IRA, puis « Retour
à Killybegs » (grand prix de l’Académie française en 2011) dans lequel il
inventait les « mémoires » de son traitre. Puis j’avais eu la chance
de le rencontrer et de discuter avec lui à une table ronde de 10 personnes au Salon
du livre 2011 : la classe, la gentillesse, la franchise et beaucoup d’émotions
en parlant de son traitre qui était même le parrain d’un de ses enfants….
Ce roman se passe au
Liban en pleine guerre où l’auteur a été reporter. Il nous captive avec le
projet de représenter « Antigone » d’Anouilh sur place à
Beyrouth. « Je voulais, dit-il en interview, que mon héros ne soit pas un
combattant » d’où l’idée qu’il soit metteur en scène et qu’il monte cette
pièce de théâtre qui parle d’engagement, d’ordre, d’autorité. (Cela donne envie
de relire cette magnifique pièce de théâtre…)
Son héros, Samuel, un
juif grec réfugié à Paris, metteur en scène, tombe malade au moment de partir
au Liban pour monter cette pièce et fait promettre à son ami, Georges, metteur
en scène aussi, de le remplacer pour mener à bien ce projet… Georges veut
accomplir cette promesse faite à son mentor et ira jusqu’au bout de ses
possibilités, quitte à en perdre la raison… Pour lui, cette représentation
serait un moment de répit, un instant de grâce d’autant qu’elle serait jouée
par des comédiens palestiniens, maronites, chiites ou arméniens… Georges part
début 1982 à Beyrouth, délaissant sa femme et sa fille et tente ce pari
utopique : il va découvrir autre chose que l’amitié qu’il imaginait
possible entre des comédiens de toutes obédiences : la guerre, la violence,
les bombardements et surtout le massacre des réfugiés palestiniens des camps de
Sabra et Chatila dans la banlieue ouest de Beyrouth. L’auteur était à Chatila
au moment de ce massacre et lorsqu’il écrit sur cette tuerie quelques temps
après, il confie « J’écrivais en respirant l’air lourd du lieu. Tout était
intact : la lumière, les regards, les cris, les pleurs, les grillons, les
abeilles, le vent, le silence » : il faut avoir vécu ces drames pour
pouvoir les décrire comme il le fait : bouleversant.
Le retour de Georges
exprime bien « le fameux traumatisme post-guerre » que l’auteur dit
avoir ressenti. Comment assumer le décalage entre sa vie de famille et d’amis
et les horreurs de la réalité de la guerre.
L’écriture de Sorj
Chalandon est telle qu’il nous fait ressentir la tension, l’horreur et l’absurdité
de ces combats : « C’est le Liban qui tire sur le Liban »
écrit-il. « Cette tentative fantasque et fantastique nous fait mieux
comprendre le Moyen-Orient que les meilleurs essais » dit un critique du
Figaro.
« Ecriture sèche
et hallucinée » (La croix), phrases courtes, bien construites, pas de « faux-semblants » :
tout est fait pour nous tenir en alerte. « Magnifique et désespéré »,
« Le quatrième mur » est le récit d’une utopie et une ode à la
fraternité » Télérama. C’est surement aussi un moyen pour l’auteur de dire
et d’exprimer sa propre douleur.
On n’en sort pas
indemne et ce récit hante longtemps la mémoire !!!
Martin Hirsch : La lettre perdue
Martin Hirsch : La lettre perdue - Stock, 2012 - Document
L’auteur est un haut
fonctionnaire français, ancien président d’Emmaüs France, Haut-Commissaire aux
solidarités actives contre la pauvreté sous le gouvernement de Fillon, (il est
à l’origine du Revenu de Solidarité Active : RSA), actuellement Président de l’Institut du Service Civique
qu’il a créé en 2012.
Tous ses titres ne
l’empêchent pas d’écrire de façon simple
les raisons de ses L’auteur est un haut fonctionnaire français, ancien
président d’Emmaüs engagements publics et privés. La lettre perdue est une
lettre que lui a écrite son père le jour où il est entré à l’ENA et ce livre-témoignage
est ce qu’il aurait pu répondre à son père.
Il nous parle de ses
origines juives, de son éducation protestante, de ses études brillantes et
diverses… et de sa vie publique, le tout
agrémenté de souvenirs d’enfance,
de récits de rencontres (avec Nicolas Sarkozy par exemple), de voyages
(particulièrement d’une visite en Israël avec Stéphane Hessel), de réflexions
drôles sur ses études de médecine, et de belles pages sur la musique qu’il
aime.
Selon l’Express, ce
récit est « un beau texte subtil et personnel sur l’engagement ».
Très abordable
réflexion sur les « racines de l’engagement » dans un style agréable
et plein d’humour qui peut nous amener à réfléchir sur nos propres engagements.
Anne-Dauphine Julliand : Deux petits pas sur le sable mouillé (poche 2011 et 2013) et Une journée particulière - Les Arènes, 2013) récit et témoignage.


Chaque livre peut se lire en
autonomie mais on comprend mieux la finesse du second si on a lu le premier.
Le premier est un
témoignage bouleversant : l’annonce, à l’auteur, d’une maladie non guérissable
dont est atteinte sa fille de deux ans et le cheminement de cette maladie
jusque la mort.
Le deuxième est le
récit d’ « une journée particulière », le 29 février, jour de
naissance de cet enfant, qui aurait eu 6 ans mais qui est morte il y a 3 ans.
L’auteur est
journaliste et mère de quatre enfants. L’annonce de cette maladie génétique va
bouleverser sa vie et celle de son mari. A cette date, elle est enceinte de
leur seconde fille que tous deux choisiront de garder, sachant qu’elle subira
une greffe de moelle osseuse pour essayer de la sauver : elle a maintenant
7 ans et est handicapée moteur.
Comment cette jeune
femme réussit, avec son visage serein et souriant à vivre
« heureuse », dit-elle elle-même ???? L’auteur sait nous
transmettre ses émotions, ses chagrins, ses « espérances ». Elle
décrit à merveille les petites choses de la vie. « Son message universel
reste simple, vrai et d’une force incroyable ». Ce couple a décidé de
vivre au jour le jour, de profiter de chaque moment. C’est très émouvant de
voir la solidarité de la famille, des « vrais » amis qui se battent
tous à côté de ce couple extraordinaire et de leurs autres enfants.
Elle commence une
réunion où elle présente son parcours en disant : « J’ai fait un
voyage difficile, je viens vous proposer ma vision du bonheur. Ce que j’ai
reçu, j’ai envie de le partager ». L’amour est au centre de son
exposé : elle croit à la vie, au bonheur, à l’amour et elle croit en
l’amour de Dieu. Elle dit à son enfant malade : « Tu auras une
belle vie, où tu ne manqueras jamais d’amour »…
Bouleversante leçon de
vie et de courage à chaque page.
Anne Dauphine Julliand : Deux petits pas dans le sable mouillé - Poche (j'ai lu), 2011 et 2013 et Une journée particulière - Les Arènes, 2013 - récit et témoignage
Chaque livre peut se lire en
autonomie mais on comprend mieux la finesse du second si on a lu le premier.
Le premier est un
témoignage bouleversant : l’annonce, à l’auteur, d’une maladie non guérissable
dont est atteinte sa fille de deux ans et le cheminement de cette maladie
jusque la mort.
Le deuxième est le
récit d’ « une journée particulière », le 29 février, jour de
naissance de cet enfant, qui aurait eu 6 ans mais qui est morte il y a 3 ans.
L’auteur est
journaliste et mère de quatre enfants. L’annonce de cette maladie génétique va
bouleverser sa vie et celle de son mari. A cette date, elle est enceinte de
leur seconde fille que tous deux choisiront de garder, sachant qu’elle subira
une greffe de moelle osseuse pour essayer de la sauver : elle a maintenant
7 ans et est handicapée moteur.
Comment cette jeune
femme réussit, avec son visage serein et souriant à vivre
« heureuse », dit-elle elle-même ???? L’auteur sait nous
transmettre ses émotions, ses chagrins, ses « espérances ». Elle
décrit à merveille les petites choses de la vie. « Son message universel
reste simple, vrai et d’une force incroyable ». Ce couple a décidé de
vivre au jour le jour, de profiter de chaque moment. C’est très émouvant de
voir la solidarité de la famille, des « vrais » amis qui se battent
tous à côté de ce couple extraordinaire et de leurs autres enfants.
Elle commence une
réunion où elle présente son parcours en disant : « J’ai fait un
voyage difficile, je viens vous proposer ma vision du bonheur. Ce que j’ai
reçu, j’ai envie de le partager ». L’amour est au centre de son
exposé : elle croit à la vie, au bonheur, à l’amour et elle croit en
l’amour de Dieu. Elle dit à son enfant malade : « Tu auras une
belle vie, où tu ne manqueras jamais d’amour »…
Bouleversante leçon de
vie et de courage à chaque page.
Annie Butor : Comment voulez-vous que j'oublie...
Annie Butor : Comment voulez-vous que j'oublie...Madeleine et Léo Ferré 1950-1973 - Phébus, 2013 - biographie
Etant « fan »
de Léo Ferré (surtout de ses premières chansons), j’étais intriguée de lire le
témoignage de sa belle-fille Annie Butor. Elle fut toujours considérée comme sa
fille, ayant été élevée par Léo ferré à
partir de l’âge de 5 ans. L’auteur et Madeleine (sa maman) ont vécu avec le
chanteur de 1950 à 1973. Annie Butor a donc passé son enfance et son
adolescence avec le poète.
La première partie du
livre est bouleversante : la vie au quotidien de ce couple et « leur
fille » est une vie hors-norme et excentrique. L’auteur nous dit :
« Léo ne semblait faire aucune différence entre le monde des adultes et le
mien » : son enfance est donc au milieu d’adultes. La petite fille
est mêlée à leur vie, leurs problèmes financiers, la création des chansons,
leur amour, leur vie de bohème. L’auteur
nous fait un portrait émouvant de son beau-père et de sa mère, deux êtres
exceptionnels. La « Jolie môme » décrit les débuts difficiles, le
succès, la gloire du chanteur mais surtout l’amour fou qui lie sa mère et Léo
ainsi que l’amour et l’affection qu’il donnait à l’auteur. On apprend pour
quelles occasions et circonstances ont été écrites la plupart des chansons,
quelques paroles et poèmes étant retranscrits régulièrement ce qui rend la
lecture très agréable. L’auteur nous dit « Ma mémoire est faite de
chansons. Les chansons de Léo, je les ai vues naître, au jour le jour, je
devrais dire plutôt nuit après nuit ».
La deuxième partie
donne froid dans le dos : c’est la descente aux enfers de ce couple
mythique : « Avec le temps va, tout s’en va »…. Comment Léo Ferré
a-t-il pu devenir un homme si minable ?
Annie Butor reste juste
et le récit n’est pas un règlement de compte mais un hommage à sa mère qui a
tant aidé le chanteur. C’est aussi une reconnaissance de l’amour que lui a
prodigué Léo Ferré.
Très beau témoignage,
intéressant particulièrement pour ceux qui connaissent un minimum de chansons
de Léo Ferré. « C’est extra », « Titi d’Paris »,
« C’est la vie » « Jolie môme », une soixantaine de
chansons sont citées….
Katherine Pancol : Un Homme à distance
Katherine Pancol : Un Homme à distance - Albin Michel, 2002 ou Poche, 2004 -
roman français.
Après avoir lu
« Les yeux jaunes des crocodiles » (2007) et « La valse lente
des tortues », je voulais lire ce livre court du même auteur. Petit livre
car lu en une heure…mais tellement agréable pour les amoureux des
livres !!!
C’est un court roman épistolaire (genre « Le cercle littéraire
des amateurs d’épluchures de patates ») comme les romans du 18ème…et
ces lettres courtes donnent un rythme à la lecture.
Une libraire échange un
courrier soutenu avec un inconnu. Sa librairie est à Fécamp et l’auteur nous
décrit l’atmosphère maritime de cette ville avec finesse. Elle nous raconte
aussi son travail passionnant de libraire et sa façon de donner le goût de lire
et le goût des mots à ses lecteurs et à son correspondant mystérieux. Au fil
des pages et des lettres échangées, on devine le passé de cette jeune femme. Les
deux correspondants se cachent derrière l’anonymat pour écrire leurs sentiments, leurs propres
lectures, leurs secrets, leurs douleurs passées… Mais cet homme est-il vraiment
un inconnu ? La surprise finale est assez inattendue.
L’écriture est fine et agréable. Un
bon moment de détente.

Tatiana de Rosnay : A l'encre russe
Tatiana de Rosnay : A l'encre russe - Héloïse d'Ormesson, 2013 - roman
Coup de griffe
Plusieurs thèmes sont abordés dans ce
roman :
Au moment de renouveler
son passeport, Nicolas Kolt, jeune écrivain, apprend que ses parents ne sont
pas nés en France et il va partir à la recherche de ses origines : un pan
de son histoire lui a été caché délibérément. Il mène une enquête qui le mènera
jusque Saint-Pétersbourg.
Ce thème sur la
recherche de ses origines et le secret qui l’entoure reste assez banal…
Ce jeune auteur, devenu
célèbre du jour au lendemain, est emporté par une tornade médiatique. Il se
trouve déboussolé par son triomphe et devient « accro » aux réseaux
sociaux, se perd sur la toile, est dépendant de son iPhone : il change
tant que sa femme et son meilleur copain le quittent….Il est tellement perturbé
qu’il est en panne pour écrire son deuxième roman attendu par son
éditrice : c’est le problème de la « page blanche » et le
mystère de la création littéraire…..
Ces deux thèmes sont
des sujets bien connus de l’auteur : même problème de passeport, même
problème de l’écrivain à succès….
Bien sûr les sujets
sont intéressants mais l’auteur nous emmène dans un roman banal : la
description de la vie de son héros parti dans un hôtel luxueux avec une
maitresse n’a aucun intérêt. Les messages érotiques via Twitter sont nuls et
l’événement final prête à rire….
J’ai été très
déçue : on ne retrouve pas la portée du premier livre de cet auteur
« Elle s’appelait Sarah » (2008 ) et de « Boomerang » (mai
2009)
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