samedi 11 janvier 2025

Tracy Chevalier : La fileuse de verre (N°1 - janv 25)

La Fileuse de verre - 1

Tracy Chevalier : La fileuse de verre - Ed La table ronde , 2024 - roman

L’écrivaine anglo-américaine, auteure de « La jeune fille à la perle » en 2002, « A l’orée des verger » en 2016, « La brodeuse de Winchester » en 2020 » (entr’autes) nous écrit ici « une balade dans une Venise intemporelle et éternelle »..

Par un jeu d’écriture surprenant, elle met en place « un procédé narratif singulier » : alors que le roman enjambe les époques, les habitants de Venise et de ses îles vieillissent mais ne meurent pas à condition de ne pas partir sur la « terraferma ». Nous allons donc les suivre sur 5 siècles particulièrement Orsola, sur l’île de Murano, l’île des fileurs de verre. Cela commence en 1486 et se termine en 2019.

L’auteur dit : « J’adore les histoires de femmes qui font des choses exceptionnelles » comme notre Orsola… L’auteur va donc à Murano pour se documenter et s’imprégner de l’atmosphère particulière de cette île où se sont installés les ateliers de fileurs de verre au XVème siècle pour protéger Venise des incendies causés par l’activité des fours.

Tracy Chevalier nous écrit donc un roman qui enjambe les époques allant du Moyen âge à l’occupation autrichienne, au passage de Napoléon en Italie, à la première guerre mondiale, à l’essor du tourisme, aux pandémies (peste et covid), aux inondations.

Orsola Rosso est la fille cadette d’une famille de maîtres verriers. Elle est « condamnée » à s’occuper des enfants (sœurs, neveux et nièces), faire la lessive et cuisiner mais elle rêve d’autre chose et, en cachette, avec l’aide d’une voisine, elle est initiée à la conception des perles qu’elle fabrique « avec une simple lampe à huile sur un coin de table de la cuisine » et s’invente ainsi un destin… Le lecteur est embarqué « dans cette fresque magnifique » et s’attache à cette femme courageuse, féministe avant l’heure, intrépide, courageuse, débrouillarde… Derrière le portrait de la Muranaise, « l’auteur brosse avec  une vibrante attention aux détails un métier et son devenir ainsi que la trajectoire de la cité des Doges qui se vide de sa population au fil de la massification du tourisme » (La Croix)

A lire absolument pour les amoureux de Venise et pour ceux qui rêvent d’y aller ou d’y retourner

 

 

Laure Adler : La voix des femmes (N°2- janv 25)

Laure Adler : La voix des femmes - Grasset, 2024 - témoignage


 La voix des femmes - 1

Laure Adler, née en 1950 est journaliste, historienne et écrivaine, spécialiste de l’histoire des femmes et des féministes aux 19ème, 20ème  et 21ème siècles. Ce livre est un document passionnant sur le féminisme avec témoignages, rappels des femmes ayant agi pour ce mouvement, réflexion sur la sororité qui est, selon l’auteur, « un des piliers du féminisme ».

Je ne peux que reprendre certaines phrases si bien écrites et si bien exprimées :

« Féministe, ce n’est pas une étiquette, c’est une attitude, c’est une manière d’être en mouvement » « C’est être autre chose que des « bimbos sexuelles » quand on est jeune, « des épouses soumises ou des mères obéissantes et quand on est vieilles des pensionnaires d’EHPAD enfermées et invisibilisées »

L’auteur fait références à de nombreuses féministes de toutes les époques que je vous cite pêle-mêle : Olympe de Gouges, Georges Sand, Marguerite Duras, Gisèle Halimi, Flora Tristan, Virginia Woolf, Françoise Héritier, Elisabeth Badinter, Virginie Despentes, Christine Angot, Camille Krouchner, Neige Sinno, Vanessa Spingora, Judith Godrèche…

Je cite sa conclusion : « Je plaide pour un féminisme tranquille, fier de ses combats, légitime dans ses causes…Je plaide pour un féminisme joyeux, source de rencontres et de plaisirs partagés dans une sororité constructive. Je plaide pour un Féminisme pacifiste ».

Ce livre est « un manifeste féministe » à lire absolument

 

Jérôme Garcin : Être et dire (N°3 - janv 25)

 

Écrire et dire - 1


 Jérôme Garcin : Ecrire et dire - Equateurs / France Culture, 2024

Ce livre est né des "entretiens de l'auteur avec Caroline Broué pour l' émission 'à voix nue' en Mai 2023". L'auteur, avant de quitter l'émission culte "Le masque et la Plume" qu'il animait sur FranceInter, se confie "avec une sincérité poignante" nous prenant pour son confident. Il raconte sa vie avec ses drames (perte de son frère jumeau à 6 ans, mort de son père quand il avait  17 ans, de sa mère et de son autre frère, atteint d'un handicap il y a peu de temps), avec ses passions (amour du cheval, amitié avec Bartabas, amitié avec la chanteuse Barbara), avec sa lignée familiale dans le milieu médical catholique ("le caducée et la croix étaient absolument inséparables"), avec son amour pour sa femme (fille de Gérard Philipe) et ses enfants, avec la curiosité qu'il a eu d'écrire sur des personnages extraordinaires. Sur chacun de ses thèmes, il a écrit des récits, des romans, des essais, des biographies, tous étant des livres merveilleux.

L'éditeur conclut en disant que ce livre "peut se lire comme une fugue de Bach, une causerie au coin du feu, une chevauchée inédite sur les sentiers de l'homme et de l'écrivain".

mercredi 27 novembre 2024

Philippe Collin : Le barman du Ritz (N°3 - dec 2024)

Le Barman du Ritz - 1

Philippe Collin :  Le Barman du Ritz - Albin Michel, 2024 - roman

Philippe Collin est d’abord un Homme de radio (France Inter). Il se lance ici dans son premier roman, dont le héros, Frank Meier (1884-1947) fut barman du Ritz depuis 1921 et particulièrement dans ce livre pendant l’occupation de Paris de 1940 à 1944. « Le parcours d’ascension sociale, l’arrachement à ses racines sociales, religieuses et géographiques pour s’accomplir » de cet homme l’ont touché. C’est après avoir discuté avec le « bartender » actuel du Ritz que l’auteur se lance dans les recherches sur Meier : ses origines juives, son séjour de Barman à New-York, son engagement dans la légion étrangère en 1914, ce qui lui vaut la nationalité française et son travail au Ritz, la période d’occupation de 1940 à 1944.

Nous découvrons dans ce roman Frank Meier, (photo en fin de livre) barman extraordinaire et célèbre pour ses cocktails, « toujours sur ses gardes », à l’écoute discrète de tout, faisant preuve d’« un sang-froid de diplomate » et qui a acquis la réputation « du meilleur barman du Monde. « Attaché à préserver ses secrets, au premier rang desquels sa judéité, Meier joue la comédie du flegme en se méfiant de chacun cependant que s’aiguisent, au fil des mois, ses interrogations sur son propre comportement » (Le Monde)

Il rencontre, derrière son bar réquisitionné en 1940, des nazis, des collabos, des occupants : « Me voilà coincé dans le nid des boches » « Sourire aux boches, ça ronge de l’intérieur » mais il sert aussi des résistants, des attentistes, des aristocrates, des artistes comme Cocteau, Arletty ou Sacha Guitry qui gardent leurs habitudes. Et aussi il protège le jeune Luciano qui travaille avec lui, Blanche, la femme du patron qui s’oppose à Madame Ritz, veuve du propriétaire de l’établissement. Comment jongler entre tous ces mondes : « Meier n’est ni collabo, ni tout à fait résistant. Il rend service tout en restant dans cet entre-deux-monde inconfortable » (La Croix).

Ce roman est servi d’une très belle écriture et l’idée d’entrecouper les chapitres écrit à la troisième personne sur la vie du Ritz entre 1940 et 1944 et des passages issus du journal fictif du Barman est géniale.

Très bon moment de lecture pour tous.