lundi 23 octobre 2017

Nathalie Rykiel : Ecoute-moi bien (N°4 oct 2017)


livre ecoute-moi bien


Nathalie Rykiel : Ecoute-moi bien - 2017, Stock - roman français.

« Elles étaient inséparables. Après la mort de Sonia Rykiel, le 25 Août 2016, sa fille, Nathalie, raconte leur amour fou entre rires et larmes » : belle présentation de ce récit dans le journal ELLE.
Nathalie arrive à nous faire comprendre cette relation fusionnelle qui unissait la mère et la fille, une adoration qui va jusqu’à la « dévoration » : c’était une mère écrasante mais attachante que la vie publique grisait : cette créatrice de mode, cette styliste flamboyante qui règne sur le monde de la mode un demi-siècle, orgueilleuse et narcissique, jalouse et folle de liberté, « une intello branchée des années 1970 » (Télérama), avait un côté positif et optimiste extraordinaire pour qui la seule chose importante était « de continuer d’avancer » (« Je me fous du passé, aucun état d’âme, disait-elle). Elle voulait être « la reine du pull-over, la reine de la famille, la reine du monde » dit Nathalie. Elle a inventé une mode et un mode de vie.
Nathalie raconte l’enfant qu’elle était, puis la fille, puis la femme puis la fille se fait mère pour s’occuper de cette maman atteinte d’une maladie de dégénérescence du cerveau. Elle a été mannequin pour sa mère, elle a mis en scène des défilés puis a fini par prendre sa place et devenir présidente de l’entreprise en 2007. Elle s’interroge sur la liberté des femmes et l’idée de transmission. C’est « une ode bouleversante sur la transmission » nous dit un critique de l’Express.
Ce texte est inclassable et l’écriture très originale : l’auteur utilise quelque fois la troisième personne mais le plus souvent la deuxième. Ce « tu » permet à l’auteur de garder sa mère près d’elle et nous aussi nous sentons proches de ces deux femmes extraordinaires. L’auteur fait preuve d’une grande sincérité, utilisant « des mots doux pour dire des choses violentes, avec une délicatesse qui flirte avec la mélancolie ».
« Une histoire d’amour dévorante et nourricière, unique et universelle » (le JDD)
 

 





vendredi 29 septembre 2017

Alice Ferney : Les Bourgeois (N°1-sept 2017)

Alice Ferney : Les Bourgeois - Actes Sud, 2017 - roman français

 livre les bourgeois

Alice Ferney se lance dans un grand livre romanesque et historique (n’est-il pas un peu autobiographique ?).  Elle retrace la vie d’une famille de la haute bourgeoisie de la droite chrétienne de 1870 à 2016.
 « Ni aristos, ni prolos, ils tiennent simplement leur rang dans la société » nous écrit La Croix. L’auteur dit : « J’ai choisi 10 personnages qui m’étaient familiers : les 8 fils et les 2 filles de Mathilde et Henri Bourgeois, héros il y a 20 ans de mon roman, L’élégance des veuves » (dont j’avais parlé dans ce blog ainsi que TOUS les livres d’Alice Ferney). Henri est éditeur et royaliste, Mathilde est maitresse de maison…Les Hommes, comme il se doit, sont dans l’armée, la marine, le droit, la médecine, les affaires et les Femmes essentiellement femmes au foyer (petite évolution dans les années 1980-1990 quand même…)
Sous forme d’un journal sans ordre chronologique (la date est mise en tête de chaque paragraphe, déroutant en début du roman), Alice Ferney évoque avec une grande finesse l’évolution de chaque personnage : ses choix, ses comportements, ses pensées et, dit-elle, « on reste bourgeois envers et contre tout ». En décrivant ainsi leurs vies, elle nous fait une grande leçon d’histoire de la fin du 19ème siècle jusqu’au début du 21èmesiècle. Elle nous passionne en faisant paraître « leurs liens entre les événements et leurs émotions avec un regard critique déroutant et parfois cinglant. ». On a l’impression de mieux comprendre nos ancêtres (parents, grands-parents), ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils nous ont donné.
Grâce à « la plume grandiose » de l’auteur, à son regard critique impartial, sans jugement mais quelque fois un peu moralisateur, on se passionne jusque la fin  pour cette étude de mœurs qui touche notre époque.  On peut soupçonner une suite en lisant les dernières phrases. A suivre !!!

Marie Darrieussecq : Notre vie dans les forêts (N°2-Sept 2017)

livre notre vie dans les forets Marie Darrieussecq :  Notre vie dans les forêts - P.O.L, 2017 - roman français

 Je connaissais Marie Darrieussecq par ses romans psychologiques sur l’amour et sur la mort, par ses traductions (comme Un lieu à soi de V. Woolf), par ses biographies (comme celle sur la peintre Paula Becker), par « Truismes » qui était « la chronique d’une métamorphose », étonnant récit fantastique. Ici le lecteur va aussi être surpris par ce « roman d’anticipation ».


Une ancienne psychothérapeute et ses compagnons fuient un monde totalitaire et partent dans les forêts loin du monde menaçant qui les traque. Dans leur fuite ils ont emmené « leurs clones » qui leur servaient de réserves d’organes et auxquels ils se sont attachés. L’héroïne raconte ce qui l’a amenée à fuir le monde et nous fait un tableau inquiétant de ce qui pourrait être l’avenir dans des villes-monstres où il serait impossible de se déconnecter et de débrancher les robots activés par des « cliqueurs » (nouveau métier) qui tentent d’humaniser les robots…
Un peu loufoque, il faut le dire mais ce roman touche beaucoup de sujets : le travail des psychologues, les angoisses et les horreurs de l’époque avec les drones, les attentats, les enlèvements, le terrorisme, le modernisme des ultra-connectés.
François Busnel a trouvé ce roman « glaçant et comique ». « On est entre effroi et ironie tragique » dit Le Monde. Voici la conclusion de la revue LIRE : « En s’attaquant avec brio à la très actuelle question du transhumanisme, Marie Darrieussecq retrouve les terrains littéraires qui lui sont chers : monstruosité, expérience de la limite et de l’étrange, rapport entre créateur et création »….

Laetitia Colombani : La tresse (N°3- Sept 2017)

 livre la tresse


Laetitia Colombani : La tresse - 2017, Grasset - roman français

Un superbe premier roman pour cette auteure qui est scénariste, réalisatrice et comédienne. Laetitia Colombani entremêle le récit de la vie de trois femmes qui vivent en Inde, au Canada et en Sicile : « 3 cultures, 3 vies de femmes qui suivent des routes différentes, 3 destins finalement liés » (La Croix)
Ces trois femmes sont « en quête d’affranchissement » : ce sont des « guerrières du quotidien » et nous suivons leurs inquiétudes, leurs sentiments, leurs espérances ainsi que chaque détail de leur vie. Chacune prend en main un nouveau destin avec une capacité de résistance admirable. C’est « un grand moment féminin et féministe sur la résilience et le courage » lit-on dans le Figaro.
Le style est fluide et l’écriture talentueuse : « beaucoup de maitrise narrative », dit un critique, ce qui donne la lecture extrêmement agréable…
Ce roman captivant nous tient en haleine jusque la fin…mais une fin incertaine… L’auteur s’en explique ainsi : « Je suis quelqu’un d’optimiste et j’ai envie de penser qu’elles s’en sortent. Je ne voulais pas trop boucler la fin mais m’arrêter juste avant en leur souhaitant Bonne Chance »
Bonne Chance aussi à l’auteur pour ce roman qui connait « un emballement phénoménal à l’étranger », 200 000 exemplaires vendus et en cours de traduction en 28 langues…