samedi 1 août 2026

Dominique Bona : Le roi Arthur (N°5 - Août 26)

 Dominique Bona : Le roi Arthur - Gallimard, 2025 - roman 

 Le 23 Octobre 2014, Dominique Bona a été la huitième femme à entrer à l’Académie Française, superbement habillée selon les règles mais dans une tenue « Chanel haute Couture » quand même….Dominique Bona est une critique littéraire très reconnue et appréciée et une écrivaine que j’aime beaucoup pour ses biographies dans lesquelles elle nous fait découvrir le côté intime et caché de ses personnages. Elle dit d’ailleurs cette phrase amusante : « J’ai arrêté d’écrire des fictions quand j’ai compris que la vraie vie est infiniment romanesque. La réalité dépasse presque la fiction. Ecrire des biographies me permet de vivre d’autres vies que la mienne ».

Dans ces livres, elle nous révèle comment elle se glisse dans la peau du personnage dont elle écrit la biographie et nous donne « sa vision  de l’art, de la littérature, de la famille, de la nature humaine, des émotions, des espoirs et des peines » (La Croix).

Elle met aussi les choses au point : le biographe doit faire appel à son code d’honneur : ne rien inventer : « détourner le cours de la biographie vers le roman serait pour moi un péché capital »…bien qu’elle aurait aimé plusieurs fois « déduire » une vérité et inventer des couples aléatoires et des énigmes mystérieuses.

 Comment Athur Conte (1920-2013) a réussi à transmettre à sa fille, notre auteure, Dominique Bona de l'Académie Française, le talent et l'envie de l'écriture ? On le voit sur cette photo : l'auteure a appris à écrire et a vécu à l'ombre de ce géant protecteur "à l'accent chantant" dans le midi catalan au milieu des vignes et entourée de femmes énergiques. Le journal ELLE insiste en écrivant : "C'était le temps où il y avait sépération des hommes avec un travail extérieur et des femmes "au foyer". Mais cet homme politique et de lettres, journaliste et historien, député des Pyrénées-Orientales, ministre sous la IVème République et un moment président de l'ORTF, a toujours été en train d'écrire ou de raconter des histoires, de chanter, de réciter des poèmes. On comprend alors l'influence qu'il aura sur sa fille Dominique Bona,  qui le décrit comme "épris de clarté et de simplification"et qui lui a transmis "l'amour de la littérature et le goût du merveilleux", "l'ivresse de l'imagination, l'amour de la littérature et de l'écriture" . 

La famille quittera le Sud pour habiter  Paris lorsque l'auteur a 6 ans mais elle sera toujours bercer par les contes et légendes du "Roi Arthur"et des chevaliers de la Table Ronde que son père "conteur hors-pair" lui lisait et elle en fut si marquée qu'elle fera plus tard une thèse sur les Fées et les Sorcières dans la littérature médiévale du 12 et 13ème siècle. 

Dominique Bona a toujours lu énormémént et nous écrit quelques pages magistrales sur George Sand, une de ses auteures préférées et quelques passages passionnants sur la lecture à voix haute qu'elle pratique beaucoup. 

"Livre sur la filiation, sur la trasmision, ce récit plein de charme est aussi un roman d'apprentissage" écrit l'éditeur. 

 

Le roi Arthur - 1

Anna Stuart : La sage-femme d'Auschwitz (N°4 - Août 26)

 Anna Stuart : La sage-femme d'Auschwitz - 2024 et 2025 en poche

Anna Stuart est une auteure d'origine écossaise de 52 ans. Passionnée d'histoire et d'écriture, en faisant ses recherches sur la Seconde Guerre Mondiale et sur les camps de concentration, elle tombe sur cette histoire vraie de la sage-femme polonaise : Stanislava Leszezynka et écrit ce magnifique témoignage sur cette femme extraordinaire qui tatouait les nouveaux-nés du matricule de leur mère.

Elle nous écrit des passages forts en émotion sur l'amour, l'amitié, la solidarité entre les femmes . 3000 enfants sont nés à Auschwitz mais la plupart sont morts vite. les seuls qui ont survécu sont les blonds aux yeux bleus qui étaient envoyés dans les pouponières dit "Lebensborn".

L'auteur dit n'avoir eu aucun retour ni contact après la parution et le succès de son récit. Elle dit aussi vouloir montrer "que, dans les ténèbres de l'holocaustre, brille cette infime lueur qui est 'l'espoir malgré tout' ". 

 

Maryse Burgot : Loin de chez moi (N°3 - Août 26)

Loin de chez moi - 1 

 Maryse Burgot : Loin de chez moi - 2026 - Fayard - récit 

Ce récit, très personnel, nous raconte la fureur du monde  mais aussi la douceur d'une vie de famille. Notre fameuse grand reporter  de France-Télévision se dévoile un peu dans ce reportage sur elle...Cette femme "vive et souriante, souvent planquée derrière son micro" avec casque et gilet pare-balles, nous raconte comment elle s'est fait une place dans le journalisme et comment elle gère sa vie de famile en même temps.

 Superbes témoignages et emotions dans tous les pays qu'elle parcourt, le plus terrible étant lorsqu'elle est prise en otages avec son équipe par les islamistes sur l'île de Jolo  aux Philippines en 2000, le plus émouvant est lorsqu'elle rentre chez elle et reprend sa vie de maman qui fait le ménage et la popotte pour le famille. 

A lire absolument pour se rendre compte du parcours personnel de cette femme que l'on ne peut qu'admirer. 


David Foenkinos : Je suis drôle (N°2 - Août 26)

 David Foenkinos : Je suis drôle- Gallimard, 2026, roman

 Comme beaucoup de lecteurs, j’ai adoré les 13 livres fantaisistes de cet auteur, genre comédies douces-amères, portés par une écriture fluide, légère et pleine d’humour dont le roman, « La Délicatesse », écrit en 2009 et adapté au cinéma en 2011 et le fameux « Charlotte », écrit « comme un chant en vers libres » et racontant sa « rencontre illuminante », dit-il, et sa découverte de l’ artiste-peintre juive allemande Charlotte Salomon (1917-1943) , qui changera sa vue sur l’Art. Cette biographie obtiendra le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens en 2014.

Ici il nous enchante avec ce roman "absolument formidable" (France-Inter), "roman d'apprentiçssage qui tisse avec délicatesse le rire et la mélancolie, l'échec patent et l'éclatante réussite" (critique de Madame Figaro)

C'est l'histoire de Gustave Bonsoir, jeune homme qui veut devenir comédien à tout prix : "faire rire, c'est être aimé" pense-t-il mais sa jeunesse "cabossé"et  son obséssion de faire rire le rend pathétique et nous passons "du rire au larmes". L'auteur écrit :"l'humour semble être devenu le nouvel eldorado de la réussite"... Gustave est embauché pour figurer à une exposition temporaire dédié à la tristesse...puis devient LE nouvel acteur comique à la mode : il sera humoriste et fera du ""standup" puis sera repéré pour jouer dans un "vrai" film.

On se régale aussi avec le très beau portrait de l'amoureuse inconditionnelle de Gustave et de la coach. 

Comme d'habitude, son style est fluide avec des phrases courtes et bien construites qui rend ce moment de lecture très agréable.

  •  Je suis drôle - 1

Laurent Mauvignier : La maison vide ( N°1 - Août 2026)

Laurent Mauvignier : La maison vide - Ed. de Minuit - 2025 - roman biographique

La Maison vide - 1 

L’auteur raconte avoir fait des recherches dans sa « maison vide » qui l’ont emmené vers « un passé familiale enfoui » en retrouvant des bribes de souvenirs ( des objets, des indices) puis des confidences et des flashs comme le foulard jaune, le coin cassé de la commode, le piano à queue, l’arbre planté trop près de la fenêtre…Il recrée ainsi dans ce récit de 750 pages la vie de ses ancêtres avec « les basculements successifs de cette famille installée à La Bassée, village imaginaire, planté en Touraine, dont la maison -fierté des ancêtres- finit à l’abandon » (La Croix) :  « une histoire de famille avec  ses silences et  ses hontes » (le Monde).

Il remonte sur cinq générations de femmes : Jeanne-Marie, son arrière-arrière-grand-mère « la préposée aux confitures et aux chaussettes à repriser » et son mari Firmin habitant là au début du XXème siècle.  Puis son arrière-grand-mère dite Boule d’or, Marie-Ernestine, « pilier de l’histoire », pianiste, que son père marie à Jules en lui donnant un piano « en lot de consolation » pour qu’elle accepte cette union puis sa grand-mère  Marguerite dont on ne parle plus et dont le visage est découpé sur les photos…On arrive au père de l’auteur qui se suicide lorsque l'auteur a 16 ans  : on devine que par ces recherches généalogiques, l’auteur espère comprendre l’acte de son père…

On traverse les deux guerres du XXème siècle avec les maris et les amants qui doivent quitter le village et qui ont des destinées différentes…

L’auteur écrit d’inoubliables portraits avec des phrases longues et fluides entrecoupées de mots clés, mis à la ligne suivante comme dans un poème, avec des « descriptions minutieuses et d’une éclatante sobriété qui font de ce livre un grand roman dans lequel on se blottit pour pérégriner comme sur un chemin vicinal » (La Croix)

On comprend donc que j’ai beaucoup aimé ce roman par son histoire, par son écriture si facile à aborder, par l’envie qu’il donne d’aller fouiller dans notre passé pour imaginer notre famille.


samedi 10 janvier 2026

Anne Berest : Finistère (N°1 - janv 26)

 Finistère - 1

 Anne Berest : Finistère -2025, Albin Michel - roman

 

En 2021, Anne Berest avait écrit ce roman à succès « La Carte postale » consacré à des recherches sur sa lignée maternelle qui avait obtenue le Prix Renaudot des Lycéens.

Maintenant elle explore la branche paternelle : un arrière-grand-père, fondateur du premier syndicat des paysans à Saint-Pol de Léon puis en 1909 de la première coopérative agricole, La Bretonne ; un grand-père, brillant étudiant passionné de grec et de latin, devenu Maire de Brest : très belles pages sur le parcours de ces deux hommes, archives tirées de 4 cahiers d’écoliers remplis des souvenirs de ce grand-père. Magnifiques pages sur l’admiration que l’auteur porte à ses ancêtres et sur leurs vies durant des périodes passionnantes.

 Puis Anne Berest évoque son père, né en 1950, militant de gauche, chercheur à l’Ecole Polytechnique, avec qui elle a des difficultés de communication depuis l’adolescence: « une douloureuse incompréhension, une distance sans raison » (ELLE). L’auteur écrit : « La pudeur. La timidité. Le pli de l’habitude. L’orgueil. La peur » en essayant de comprendre la complexité des relations père-fille. J’ai moins aimé cette fin de roman pendant lequel l’auteur cherche à renouer avec son taiseux de père lorsque celui-ci est gravement malade.

« Une folle odyssée qui vous émeut et vous donne envie de prendre un aller simple pour la Bretagne. Une très belle réflexion sur la famille et l’amitié » a dit Augustin Trapenard lors de l’émission de La Grande Librairie à laquelle était invité Anne Berest.

 

 

Ramsès Kéfi : Quatre jours sans ma mère ( N°2- Janv 26)

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 Ramsès Kefi : Quatre jours sans ma mère - Ed. Philippe Rey, 2025 - roman

 

La fugue d’une mère va changer la vie de son mari et surtout de son fils de 36 ans vivant encore chez ses parents dans « sa bulle d’adolescent ».

« Pas de dispute, pas de cris, pas de valise non plus » : elle quitte le foyer conjugal situé dans une cité HLM  d’ une banlieue de Paris « La Caverne ».

C’est à  travers le regard de ce fils que nous allons vivre la prise de conscience brutale des deux personnages, incapables de gérer le quotidien et surtout de comprendre le départ d’Amani, car ils ne se sont jamais posés de question sur elle. Chacun réagit selon son caractère : Hédi, le mari, ancien maçon bougon, réagit brutalement en faisant table rase de leur vie passée. Salmane, le fils, fait tout pour retrouver sa mère et « se confronte à sa propre inutilité et à sa honte » de dépendre ainsi d’elle.

Beaucoup de sujet sont abordés : la vie dans les banlieues, le chômage et l’absence d’avenir, les relations parents-enfants, la condition féminine.

Roman « plein de verves et de sensibilité » qui « sous ses airs de comédie familiale cache une profondeur sociologique remarquable » (ELLE)

Un bon moment de lecture drôle et émouvant